Impressions post-électorales

Publié le par makhnovitch

Je ne peux m'empêcher de faire un article en ce jour post-électoral.

Je suis "un peu" énervé par l'hystérie collective qui s'est développée parmi les électeurs de gauche avant ce scrutin avec cette peur du 21 avril qui hantait les esprits.

Mais tous ces électeurs qui ont voté "utiles" ont-ils perdu la raison? Ont-ils perdu la capacité de réfléchir?

Non, ils ont été floué. Ils se sont faits avoir. Certains ont joué sur des peurs et des angoisses très puissantes pour déclencher le vote"utile" ...surtout pour les centristes du parti socialiste.

Les électeurs Royalistes auraient raison d'en vouloir à ceux même pour qui ils ont voté.

Mais ils revoteront pour la candidate de la France Présidente dans 15 jours, puis dans deux mois pour les députés, etc...

Le bourrage de crâne a fonctionné à merveille. Un véritable lavage de cerveau collectif.
Je dis bravo aux faiseurs d'opinion. La propagande a atteint de nouveaux sommets. Elle a le contrôle de la situation. la France est maintenant sous contrôle. Tout va bien.

Après de votes erratiques, les français ont été cette fois gentils. Ils ont tous voté et BIEN VOTÉ. Ils ont voté ce qu'on leur a dit de voter. BRAVO.

le problème, c'est que je pense que le vote "utile" était parfaitement ...inutile et contre-productif. Malheureusement.

Pourquoi?

Parceque la menace de Le Pen était injustifiée cette fois-ci. Il n'avait aucune chance de passer le premier tour. Bayrou faisait barrage et Sarkozy raflait la mise des fascistes.

Pour ceux qui ne voulait pas de Sarkozy à tout prix. Dommage car Bayrou avait plus de chance de battre le Danger Public que Royal.

Pour ceux qui ne voulait pas voir Bayrou-Sarkozy au second tour, ils ont réussi. Au risque de voir élire Sarkozy.

Pour ceux qui défendent Royal, très bien pour eux. tant pis pour les autres.

Ce que va provoquer le vote utile de gauche

Les dégats collatéraux du vote utile vont se faire sentir dans les mois qui viennent...

Premier dommage, les partis d'extrême gauche ne pourront pas rembourser leur campagne agrandissant le décalage de moyens entre les petits et les grands partis.

Deuxième dommage, le poids politique de la gauche anti-libérale est maintenant très bas, et je ne suis pas sur que l'on puisse trouver un poids politique aussi bas dans le passé républicain de la France depuis longtemps. C'est sûrement le plus grave. L'erreur fondamentale du vote utile est de croire que voter pour un parti qui ne sera pas élu ne sert à rien. Les décisions du parti élu ne sont pas les mêmes selon les poids politiques des différentes forces politiques en présence. c'est comme une balance. On fait pencher le balancier plus ou moins d'un côté ou de l'autre et ce balancier influence tout l'échiquier politique quel que soit la personne élu.

L'exemple de Le Pen est le plus frappant. Le Front National a très peu d'élu mais son poids politique pèse maintenant sur tout l'échiquier politique dans  les propositions et les actes de tout les partis. Ils font en fonction de lui.

Aussi, l'effondrement du vote à l'extrême gauche va donc renforcer le poids politique des centristes du PS. Si ils sont élu, il n'auront pas à prendre en compte les revendications de la gauche anti-libérale car elle ne représente plus rien électoralement. Aussi, le virage centriste du PS est donc confirmé dans le vote. Pour Sarkozy, si il est élu, cela va l'inciter à renforcer la répression des mouvements de résistance et de contestation car les soutiens politiques et de la population envers les gauchistes semblent d'être distendus. C'est donc extrêmement grave pour la liberté d'expression.

Evidemment, le bipartisme creux de deux partis qui n'ont rien à proposer en dehors de la logique libérale est renforcé. Les personnes qui ont voté utile ne se sont-elles pas demandéé si le fonctionnement du vote utile ne remettait pas en question le dernier attribut de la démocratie, la possibilité d'exprimer ses opinions au travers d'un bulletin de vote tout les 5 ans.

La victoire de la droite

La répartition entre gauche et droite est maintenant de 35-65% au sortir du premier tour. Il faudrait donc que la quasi totalité des électeurs de Bayrou vote à gauche pour que la France Présidente passe. Il est donc hautement improbable que Ségolène devienne un jour présidente. Les jeux sont pratiquement faits pour le second tour de la présidence.

Après, ce sont les élections législatives qui suivent. Pour barrer la route à la droite, il faut que le PS ait la majorité à l'assemblée mais la répartition 65-35 gauche-droite et le fait que Sarkozy a eu la majorité de manière quasi uniforme sur le territoire français  incite à dire que le risque est grand qu'il ait la majorité à l'assemblée.  Aussi,  la possibilité qu'il soit président et qu'il ait les pleins pouvoirs avec l'assemblée comme les 5 dernières années avec Chirac a de grandes chances de devenir réalité. Glups.

Comment se fait-il que la répartition gauche-droite se soit déplacé autant à droite après 5 années de gestion catastrophique sous l'ère Chirac? Je n'ai pas la réponse mis à part que la droite a bénéficié d'un couverture médiatique très importante et surtout Sarkozy.

Aussi, on peut présager du pire à venir. Tout ce que les électeurs du vote utile ne voulait pas voir advenir est en train de se réaliser. Pire, ils auront en fait aggraver la situation en laissant le balancier pencher dangereusement au centre et à droite en accordant leur scrutin à la partie centriste du PS en lieu et place de la gauche anti-libérale.

Et si.

Si les électeurs qui ont voté massivement pour Royal "utilement" et sans conviction avait voté pour ceux qui se rapprochent plus de leur sensibilité, que ce soit la LCR, les Verts, Bové ou les communistes, ils auraient en fait affaibli le PS électoralement. Celui-ci serait ou ne serait pas passé au second tour mais le signal électoral aurait été que le virage droitier du PS n'est pas accepté par les électeurs.

Si le PS n'était pas passé au second tour et que Bayrou était passé, cela aurait pu être salutaire pour la gauche. Pourquoi? parceque je pense que le PS ne s'en serait pas remis. Après deux fois où il ne passe pas le second tour de l'élection présidentielle, il aurait explosé dans les prochains mois. Son explosion aurait été des plus salutaires pour recomposer le champs politique à gauche entre les libéraux et les anti-libéraux sachant que le poids électoral des anti-libéraux auraient été suffisamment fort pour pousser à un rassemblement des forces politiques.

La partie centriste du PS se serait allié avec Bayrou et les choses se seraient un peu plus éclaircis.

De plus, le passage de Bayrou au second tour aurait permis d'être dans de bien meilleurs dispositions pour faire barrage à Sarkozy. Bayrou aurait vraiment eu des chances d'être élu. Actuellement, il bénéficierait de 55% de voix potentielles entre les siennes et celles de la gauche. Il serait donc le favori.

De plus, Son élection en tant que président signifierait que la forme du gouvernement dépendrait maintenant des alliances qui se feraient au sein du parlement car il ne pourrait gouverner seul, n'ayant pas la force politique suffisante pour avoir la majorité au parlement. Suivant ce qu'il se serait passé au parlement, il se serait sûrement allié au PS si à deux, ils avaient la majorité devant l'UMP. Si l'UMP avait eu la majorité à l'assemblée devant une coalition PS-UDF, alors bayrou aurait pu freiner les élans droitier de l'UMP voir dissoudre l'assemblée pour revoter. La pression populaire aurait pu le pousser à s'opposer à l'UMP.

Dans le cas où un coalition PS-UDF prenait la majorité au parlement, le gouvernement d'alliance UDF-PS serait instable et tenterait de gouverner au centre sachant que la partie gauchiste du PS aurait repris des couleurs si l'extrême gauche avait fait un bon score au premier tour de l'élection présidentielle. Si les députés élus du PS s'étaient retrouvés avec un parti en décomposition et en partition, certains député PS auraient participé à l'alliance, d'autres non. De ce fait, une force politique nouvelle plus "gauchisante" aurait pu émerger au parlement devenant l'arbitre sur la possibilité que la coalition PS-UDF garde la majorité devant l'UMP. Les forces anti-libérales auraient pu enfoncer le clou par des mouvements de contestation qui aurait pu se traduire concrétement au sein du parlement par leur influence sur les députés gauchistes. Le balancier aurait alors penché d'un coup franchement vers la gauche. La dissolution du parlement, suite à l'effondrement du PS, aurait été possible permettant de revoter et de construire un parti anti-libéral sur les ruines du PS. Un processus aurait pu se mettre en place.

Aujourd'hui, nous sortons de ce scrutin sur les ruines de l'extrême-gauche avec un PS poussif et une droite plus forte que jamais, plus arrogante que jamais.

Pour finir, le vote utile démontre un courage politique et des convictions idéologiques inexistants chez la majorité des électeurs de gauche. Il suffit de leur agiter un chiffon rouge pour qu'ils foncent droit dedans. C'est bien cela qui me fait le plus peur à moi, ce n'est pas que Royal ne soit pas au second tour. La population se laisse manipuler comme un seul homme. Les français ont perdu la boussole...

Le fascisme, nouveau cru, version Sarko-land, va advenir en France.

C'est un bon départ pour l'après pic pétrolier. On ne peut rêver mieux.
Un véritable jeu de massacre.


Makhnovitch.

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Rasalhague 05/05/2007 10:24

Voilà qui montre parfaitement que notre type de scrutin est mauvais. Il remplit mal les conditions d'un bon vote (cf http://fr.wikipedia.org/wiki/Syst%C3%A8me_de_vote). La méthode Condorcet rendrait mieux compte de la complexité des esprits.

Cette méthode consiste à classer les candidats par ordre de préférence. Le gagnant est celui le plus souvent présenté devant tous les autres.

2 exemples pour mieux comprendre :

1. Un électeur peut hésiter entre 2 candidats. Un jour, il préfèrera l'un, le lendemain l'autre. Au moment de choisir, il élèvera celui choisi au firmament et l'autre sera rangé à la même hauteur que ceux révulsés par l'électeur.

La méthode Condorcet permettra de placer les 2 préférés en tête de classement loin devant les candidats qui révulsent. Condorcet n'aurait pas permis de classer Le Pen second le 21 avril 2002. En effet, notre système n'a pris en compte que le cinquième des électeurs plaçant le FN en tête oubliant que les quatre autres cinquième étaient révulsés. Il aura fallu attendre le second tour pour s'en apercevoir. Bien trop tard !
2. La perversité du vote utile
Le vote utile consiste - rappelons-le - à ne pas voter pour son préféré car ce dernier a très peu de chance d'être présent au second tour. Quelle perversité ! Avec Condorcet; le vote utile consisterait à placer le préféré en tête et éventuellement celui qui a les meilleures chances en second (un peu pervers mais moins).

Signalons que cette méthode ne nécessite qu'un seul tour puisque l'électeur se prononce sur la totalité des candidats. Par contre, le dépouillement est plus difficile. Mais la démocratie ne mérite-t'elle pas de mieux prendre en compte la complexité d'une société ?

isa 01/05/2007 22:50

Malheureusement en accord avec ta position.
C'est effarant d'assister à l'américanisation de notre système politique qui devient une démocratie bi-partite factice.
...je me refuse au desepoir malgré tout, et espère encore une réaction aux législatives car la présidentielle me semble effectivement foutue.

Raphaël 27/04/2007 14:43

Salut Makhnovitch,

Je repassais par hasard sur terre de brute et je suis heureux de voir que tu a repris le clavier, à défaut de plume.
En ce qui concerne le résultat du 1er tour des élections, c'est sur que la France n'est pas gatée (mais on a les dirigeants qu'on mérite, il parait), et nous avec...

makhnovitch 27/04/2007 17:35

Je suis d'accord avec toi.  Notre destin est maintenant  entre les mains d'un cocaînomane... violent et gravement atteint. La résistance...

Ygdrasil 24/04/2007 09:35

Quel dommage de choisir une orientation politique si tranchée sur ce site par ailleurs si intéressant...