Pic de production non-OPEP et non-FSU (seconde partie)

Publié le par makhnovitch

Je reprends l'étude sur le processus de déplétion à partir du rapport mensuel de l'EIA d'avril 2007.

Avant de passer à une étude plus approfondie de la catégorie du "reste du monde", je complète mon étude sur le pic de décembre 2003 de la production non-OPEP et non-FSU.

Pic de production Décembre 2003 (deuxième partie)

L'importance de ce pic de production


Ce pic de production est très important. En effet, il représente le pic de production de pétrole brut mais aussi tout liquide, comme nous allons le voir par la suite, de l'ensemble des pays dans le monde à l'exception de 15 pays. Ces 15 pays sont les 12 pays de l'OPEP et les 3 pays de la FSU qui exportent du brut. Ce pic représente donc un ensemble considérable d'être humains et de surface sur notre globe.

Les 15 pays de l'OPEP et de la FSU représentent les principaux exportateurs de pétrole dans le monde. Ils occupent donc une place clé dans le marché pétrolier mondial. Les pays de l'OCDE et d'Asie dépendent en fait complétement de ces pays et de quelques autres d'Afrique dans une moindre mesure. Aussi, la première signification de ce pic de production est que le monde va dépendre de plus en plus des grands exportateurs. ceux-ci vont prendre de plus en plus d'importance. Leur place stratégique va aller en augmentant.

la liste des 15 pays est la suivante :
OPEP
Moyen-Orient : Arabie Saoudite, Iran, Irak, Emirats Arabes Unis, Qatar, Koweit,
Afrique : Lybie, Algérie, Nigéria, Angola
Amérique du Sud : Vénézuela
Asie : Indonésie
FSU : Russie, Kazakhstan, Azerbaijan

Ensuite, les pré-pics pétroliers qui suivront impliqueront certains de ces 15 pays et le pic pétrolier mondial dépend maintenant grandement de ce qu'il va se passer au sein de ces pays. C'est ce que nous allons voir maintenant mais nous décortiquerons mieux cela quand nous reviendrons sur le pic de mai 2005.

La logique veut que quand l'ensemble géographique de ces 15 pays aura atteint son pic, alors le pic mondial sera atteint. En fait, la correspondance des deux pics dépend de facteurs  "accidentels", par exemple de ruptures d'approvisionnement  temporaire  comme cela s'est produit avec Katrina. Nous verrons que les ouragans Katrina et Rita ont peut-être repoussé le pic mondial de 8 mois.

Aussi, le pic de décembre 2003 éclaircit grandement la vision que l'on peut avoir de la situation. Ce pré-pic est vraiment capital et aurait dû sonner l'alarme dans toute "les chancelleries". Il est d'ailleurs à noter que la guerre en Irak s'est déclenchée 3 mois après ce pic sachant donc que celui-ci signifiait clairement que les pays de l'OPEP et de la FSU devenaient des pays de première importance stratégique.

Pic de production tout liquide non-OPEP et non-FSU

Nous allons maintenant voir le pic de production tout liquide ( avec NGL, éthanol, gains en raffinerie, etc..) non-OPEP et non-FSU.


WS-OPEC-FSU.gif

On peut voir que le déclin est moins affirmé que pour la production de pétrole brut puisque la production en mai 2005 est remontée très très près de son niveau de décembre 2003 et que celle-ci se trouve en janvier 2007 à un peu moins de 1mb/j en dessous de son niveau de décembre 2003. Aussi, on ne peut écarter la possibilité que le pic de décembre 2003 soit à nouveau dépassé à l'avenir au niveau tout liquide bien que cela semble improbable. En tout cas, la signification du déclin depuis décembre 2003, alors même que les prix ont triplé dans l'intervalle, signifie bien que la production dans cet ensemble de pays a atteint des limites qui semble très difficile à dépasser.

Production de l'OPEP+FSU

Ensuite, regardons l'ensemble correspondant de la production cumulée de l'OPEP et de la FSU. Attention, ce graphique se base sur la production de pétrole brut et non sur le tout liquide.

OPEPFSU.gif

Ce graphique permet de voir ce qu'il s'est passé chez ces 15 grands exportateurs de pétrole. La période de forte croissance débute en avril 2002 peu après le début du déclin de la production de l'OCDE. Cette période de croissance va se poursuivre jusqu'en septembre 2005, date à laquelle le pic de production de l'OPEP va être atteint. Cette période de croissance va donc durer 41 mois. Il est curieux de noter que le pic de décembre 2003 s'est produit exactement au milieu de cette période après 20 mois de croissance de la production OPEP+FSU.

En octobre 2004, on notera un ralentissement de la production en Russie et en Arabie saoudite.

En septembre 2005, c'est le pic de production de l'OPEP qui va entrainer le pic de production de l'OPEP+FSU. Mais ce pic sera suivi par un plateau de production qui va durer jusqu'en août 2006, date à laquelle la production OPEP+FSU va presque revenir au niveau de septembre 2005. Depuis août 2006, la production baisse au rythme de 5,5%/an jusqu'en janvier 2007.

Nous verrons plus tard que cette courbe permet de comprendre les pics globaux de mai 2005 et de juillet 2006. En effet, ceux-ci sont concomitants aux pics de septembre 2005 et de août 2006 de l'OPEP+FSU.

Relation avec la production mondiale tout liquide

Regardons la courbe de la production mondiale tout liquide :



On peut constater la forte correlation entre la courbe OPEP+FSU et la courbe mondiale surtout sur les trois dernières années depuis décembre 2003.

Ainsi, le début du plateau de la production mondiale en mai 2005 arrive trois mois avant le pic de l'OPEP et le pic mondial de juillet 2006 arrive 1 mois avant la fin du plateau de l'OPEP+FSU.

On peut noter la période de forte croissance de la production mondiale de juin 2003 à décembre  2003 qui s'explique par le fait  que  l'OPEP et la FSU se trouvait au coeur de leur période de croissance, que  l'OCDE n'avait pas encore entamé son fort déclin qui a commencé en décembre 2003 et que surtout le reste du monde avait une croissance de 8% sur cette période.

Conclusion

Aujourd'hui, l'OCDE va reprendre son déclin, le reste du monde stagne et risque d'entamer son déclin avec la Chine, l'OPEP décline depuis septembre 2005 et la FSU ne cesse de ralentir sa croissance du fait de la Russie. En l'espace de 3 années, entre fin 2003 et fin 2006, la situation a radicalement changé sur l'ensemble de la production mondiale.

La situation évolue très vite. C'est pour cela que l'approche du pic doit être anticipé parceque une fois que le mécanisme est enclenchée, le processus va vite et ne laisse que peu de temps pour réagir. Les décisions politiques actuelles sont largement insuffisantes face à l'ampleur des changements qui se déroulent au sein de l'approvisionnement mondial en pétrole.

Makhnovitch.

Publié dans Etude EIA avril 2007

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