Le pic de mai 2005

Publié le par Makhnovitch

Dans l'étude du rapport mensuel de l'EIA (Energy Information Administration US), nous poursuivons avec le pic de mai 2005.

J'ai déjà documenté ce pic à partir des données de l'AIE (Agence Internationale de l'Energie) en juin 2006 et septembre 2006

Dans les études précédentes, j'avais séparé les "grands producteurs" ( produisant plus de 1 mb/j) et les petits producteurs ( produisant moins de 1 mb/j). J'avais remarqué que le pic de mai 2005 s'appliquait qur la production cumulée des 19 grands producteurs. 

Je vais ici délaisser cette approche pour montrer que ce pic est double.

C'est d'abord, jusqu'à maintenant, le pic de production de la production mondiale de pétrole brut et c'est aussi le pic de production de la production mondiale tout liquide - ex-URSS.

Il apparait en effet que ce sont les trois pays de l'ex-URSS (Russie-Azerbaijan-Kazakhstan) qui ont permis de limiter les dégâts. Cependant, nous verrons aussi le rôle de la production non-conventionnel. 

Ce pic est le plus important avec celui de décembre 2003 et juillet 2006.

mai 2005 : Pic de la production mondiale de pétrole brut

Reprenons le graphique de la production mondiale de pétrole brut que j'ai déjà montré dans les articles précédents de cette étude.

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Dans ce graphique, que j'ai déjà publié dans le premier article de cette étude, nous pouvons voir que le niveau de production de mai 2005, 74,151 mb/j, n'a jamais été dépassé jusqu'en janvier 2007.
En décembre 2005, la production se trouve à 74,115 mb/j, juste 36000b/j en dessous du niveau de mai 2005.
En juillet 2006, la production remonte à 73,943 mb/j puis redescend juste au dessus de 73 mb/j en janvier 2007.

20 mois après le pic de mai 2005, la production mondiale de pétrole brut a baissé de
1 mb/j.

Regardons la production non-conventionnel. La production tout liquide correspond à la production de pétrole brut + la production non-conventionnel.

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la production non-conventionnelle est stable depuis fin 2004 et augmente en juillet 2006. puis redescend aux environs de 11 mb/j. Ainsi, la croissance soudaine en juillet 2006 explique que la production tout liquide soit supérieure à celle de mai 2005. Cependant, la production non-conventionnelle n'a pas un rôle majeure par le fait qu'elle est relativement stationnaire.

Regardons la production tout liquide.

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La production est tout juste supérieure en juillet 2006, 85,450 mb/j, par rapport à celle de mai 2005, 85,313 mb/j.

Mai 2005 : Pic de production mondiale tout liquide - ex-URSS

Alors que la production non-conventionnelle n'a pas de rôle majeur dans la production tout liquide, la production de l'ex-URSS joue par contre un rôle central.  En effet,  à partir de mai 2005-septembre 2005, c'est le seul groupe parmi les cinq groupes qui possède encore une croissance.

En effet, l'OCDE se trouve en déclin, l'OPEP va entrer en déclin en septembre 2005, le reste du monde est stable et la production non-conventionnel est stable sauf en juillet 2006.

Aussi, Mai 2005 est le pic de la production mondiale à l'exception des trois principaux producteurs de l'ex-URSS, c'est à dire la Russie, l'Azerbaijan et le Kazakhstan.


Dans ce graphique, on peut voir que la courbe est sans équivoque. Ainsi, en janvier 2007, la production non-ex-URSS a baissé de 1,86 mb/j soit 1,5% par an.

Ce pic est donc assez claire. Il parait improbable que la production ne repasse un jour au dessus du niveau de mai 2005.

Pourquoi mai 2005? Tout se joue entre l'OPEP et l'OCDE. le reste du monde se trouve sur une production stationaire comme nous l'avons vu dans les articles précédents.

L'OPEP atteint un pic en septembre 2005, quatre mois plus tard et la production de l'OCDE chute brutalement entre mai et septembre 2005.

Commençons par l'OCDE :

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Sur le graphique ci-dessus, on peut voir que la production de l'OCDE atteint un mini-pic en mai 2005 avant d'entamer une véritable chute jusqu'en septembre 2005, date des ouragans Katrina et Rita.

Mais en fait, sur les 7 principaux pays producteurs, 4 ont subi des chutes brutales pendant cette période de quatre mois mais ce sont les USA qui donnent vraiment le ton.

L'Australie atteint un mini-pic en mai 2005 puis décline de 0,5 mb/j à 0,4 mb/j en septembre 2005 (http://www.terredebrut.org/photo-1005256-australie_gif.html)

Le Danemark décline depuis l'été 2004 et décline normalement sans à-coups entre mai et septembre 2005  (http://www.terredebrut.org/photo-1005256-danemark_png.html)
Le Canada est le seul pays sur les 7 à avoir une production stable sur la période.
(http://www.terredebrut.org/photo-1005256-canada_gif.html)

Les quatres suivants subissent une chute à un moment donné :

La Norvège subi une chute de production en juin 2006 que l'on peut attribuer à des arrêts  pour faire de la maintenance.
(http://www.terredebrut.org/photo-1005256-norvege_gif.html)

La Grande-Bretagne subi une chute de production en août 2006 que l'on peut aussi attribuer à de la maintenance. (http://www.terredebrut.org/photo-1005256-UK_gif.html)
Le Mexique et les USA subissent deux chutes de production en juillet et septembre 2005. Les deux sont dû aux ouragans qui frappent pendant l'été 2005 le Golfe du Mexique.
(http://www.terredebrut.org/photo-1005256-mexique_gif.html)
(http://www.terredebrut.org/photo-1005256-USA_gif.html)


la Chute des USA est assez impressionnante puisqu'ils passent de 5,6 mb/j en mai 2005 à 4,2 mb/j en septembre 2005. Ils perdent donc 1,4 mb/j en quatre mois.

Aussi, la chute de production de l'OCDE entraine le déclin de l'ensemble de la production mondiale non-ex-URSS en mai 2005 jusqu'en septembre 2005. Ensuite, c'est l'OPEP qui prend le relais puisqu'au moment même où la production de l'OCDE remonte, celle de l'OPEP se met à baisser.

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Conclusion

Le mois de mai 2005 représente une date importante pour la question pétrolière et pour la société des être humains en ce début de XXIème siècle.

Après cette date, jusqu'à aujourd'hui, il ne reste plus que les trois pays de l'ex-URSS qui, en tant que groupe géopolitique, permettent que la production tout liquide ressemble encore à une sorte de plateau bien que ayant tendance à tirer vers le bas.

Après la chute brutale de l'été 2005, la production des 7 pays de l'OCDE s'est à peu près maintenu sur un plateau malgré l'effondrement de la production au Mexique.

La question de l'OPEP est la plus incertaine car l'ensemble des chiffres des réserves et des réelles capacités des pays de l'OPEP est maintenu secréte bien que les choses commencent à changer notamment avec le Koweit et avec les recherches sur Ghawar, le plus grand gisement mondial en Arabie Saoudite. Si ces pays possèdent vraiment les capacités qu'ils avancent, alors nous pouvons espérer que ce pic sera dépassé prochainement par la hausse substantielle de la production de l'OPEP. Cependant, on peut en douter comme nous le verrons dans les articles suivants.

Les trois pays de l'ex-URSS ont eu des taux de croissance assez élevées ces dernières années surtout pour la Russie et l'Azerbaijan. Mais ces derniers temps, la Russie voit son taux de croissance baisser au fur et à mesure des mois et les prévisions des agences internationales deviennent de plus en plus réservés. L'Azerbaijan a connu un taux de croissance élevé surtout en 2006 mais ce pays va arriver à maturité très bientôt. Le Kazakhstan est plus incertain. Pour l'instant, sa production n'augmente pas très vite mais ce pays possède de grandes réserves.

Makhnovitch.

Publié dans Etude EIA avril 2007

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