le point de bascule entre l'offre et la demande

Publié le par makhnovitch

Avant de revenir sur le processus de déplétion que je n'ai toujours fini (étude EIA avril 2007) , qui concerne le passé, je vais ici m'intéresser au proche avenir.

Les mois de juin-juillet 2007 correspondent à la période où la demande mondiale devrait dépasser définitivement le plateau actuel de la production mondiale. Jusqu'à octobre 2006, la demande se trouvait en dessous ou légérement au dessus du plateau de production mondiale en cours depuis fin 2004. Au cours des deux trimestres qui ont suivi
( le dernier trimestre 2006 et le premier trimestre 2007), les stocks des pays de l'OCDE ont chuté de presque 1 mb/j par jour. Les gains qui avaient été faits pendant les deuxième et troisième trimestres 2006 ont ainsi été annulés. Ainsi, le niveau global des stocks commerciaux de l'OCDE en mars 2007 était le même qu'en mars 2006. Il se trouve en effet que octobre 2006 correspond au décrochage de la production par rapport à la demande mondiale, avec une pause pendant le second trimestre 2007, si le plateau de production se poursuit en 2007-2008.

Aussi, il est possible que le pic des stocks commerciaux de l'OCDE soit désormais daté d'octobre 2006.


Le deuxième trimestre 2007 (le second trimestre est toujours le trimestre le plus bas de l'année au niveau de la demande) est le dernier où la demande revient au niveau du plateau de production actuel qui se trouve aux environs de 84,5 mb/j pour l'EIA.

La demande au troisième trimestre devrait être supérieure au premier. Aussi, si le plateau se poursuit, le cas le plus probable actuellement, les stocks de l'OCDE devrait reprendre leur declin sûrement très proche de 1 mb/j par jour.

Ces faits correspondent aux fondamentaux de la balance entre l'offre et la demande en pétrole au niveau mondial aujourd'hui, en ce début de mois de juin 2007.

A côté de ces fondamentaux, se greffent d'autres problèmes, comme les limites de capacité des raffineries dans le monde concernant la production d'essence, notamment aux USA.

Quand on sait cela, on comprend mieux l'atmosphère pas très sereine qui transparait dans les rapports de l'AIE et dans certains autres articles actuellement.

Le constat est maintenant clair : le plateau de production mondial ne peut plus se poursuivre du fait que la demande est en train de dépasser l'offre. Aussi, l'alternative est relativement simple : soit la production se remet à croitre et permet d'assurer l'approvisionnement d'une demande en croissance constante, soit les prix doivent monter suffisamment pour détruire la croissance prévue de la demande.

Les marchés se sont aussi rendus compte que les consommateurs se sont adaptés aux prix actuels, déjà très haut, et ne réagissent plus aux hausses de prix par une consommation moindre. Certains évoquent un pétrole brut aux environs de 85$ pour commencer à agir sur la demande.

Nous allons regarder au travers de deux graphiques les projections de l'EIA (US Energy Information Administration) jusqu'en 2008. Vous allez voir l'effort que les producteurs devraient fournir pour approvisionner la demande d'ici fin 2008.

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Sur ce graphique, vous pouvez voir la courbe de la demande mondiale et de la production mondiale de pétrole tout liquide ( brut, NGL, non-conventionnel) selon l'EIA entre 2000 et 2008. Les projections ont été publiés en mai 2007. Aussi, à partir du premier trimestre 2007, la courbe correspond à une projection.


Vous pouvez constater que la courbe de la demande se trouve en accordéon. La demande baisse entre le premier et le second trimestre de l'année en cours. Ensuite, la demande monte successivement à chaque trimestre jusqu'au premier trimestre de l'année suivante. Cependant, si les hivers sont doux dans l'hémisphère nord, comme depuis 2005, alors la demande en hiver est inférieur ou égale à celle de l'automne.


Après, vous pouvez voir le plateau de production dont je situe le début au dernier trimestre 2004. On peut voir un pic au second trimestre 2005 (correspondant au pic de production de mai 2005) et un autre au troisième trimestre 2006 (correspondant au pic de production de juillet 2006).


Concernant l'écart entre la production et la demande, la demande dépasse largement l'offre dans la seconde partie de l'année 2002, ce qui se traduira par un déclin de 100 millions de barils dans les stocks de l'OCDE. Au cours de l'année 2002, les effets de l'éclatement de la bulle internet et la récession économique était de mise mais il y a un retournement de situation au milieu de l'année 2002 et la demande se met à croitre très fortement sur la fin de l'année. Les producteurs ne s'attendait sûrement pas à une telle hausse. La demande mondiale va alors augmenter très fortement jusqu'à la fin de l'année 2004 puis celle-ci ralentira fortement en 2005 du fait de la très forte hausse de prix.

La demande mondiale a augmenté de 4% en 2004. C'est considérable. Cependant, la production suit la croissance de la demande en 2003-2004. En 2004, 2005 et 2006, la production dépasse largement la demande au second et troisième trimestre. Les stocks commerciaux de l'OCDE ont donc gonflé.

Au cours de l'automne 2003 et l'hiver 2004, la production égale la demande.
Au cours de l'automne 2004, la demande dépasse légèrement la production mais pendant l'hiver 2005, celle-ci égale la production.
Au cours de l'automne 2005 et l'hiver 2006, la demande excède la production.
Mais c'est au cours de l'automne 2006 et de l'hiver 2007 que la demande se met à franchement dépasser l'offre.

Alors que le deuxième trimestre était l'occasion de remplir les stocks de l'OCDE les trois années précédentes, le second trimestre 2007 montre que la production égale tout juste la demande. Aussi, les stocks risquent de se remplir maigrement pendant le printemps après le fort siphonnage des mois froids précédents. Dans le dernier rapport de l'AIE de mai 207, ceux ci avancent une progression des stocks de seulement 8 mb/j en avril , ce qui est bien en dessous de ce qu'on trouve habituellement.

Ensuite, nous abordons les projections de l'EIA pour la fin 2008.

L'élément crucial: l'EIA prévoit que la demande se trouvera à 89 mb/j au quatrième trimestre 2008.

Nous commençons actuellement le mois de juin 2007. Nous sommes donc à 16 mois du début du quatrième trimestre 2008. Entre le premier trimestre 2007 et le dernier trimestre 2008, la demande monte de 86 à 89 mb/j. Mais comme la production se trouve à 84,1 mb/j au premier trimestre 2007, celle-ci devrait donc monter de 5 mb/j d'ici fin 2008 pour approvisionner suffisamment le monde en pétrole à cette période. C'est vraiment considérable.

Les projections de l'EIA sur la production d'ici 2008 montre une forte hausse de la production pour le prochain trimestre (2007 T3) puis une croissance quasi continue sauf en hiver 2008. Aussi, l'EIA assume une projection de la production mondiale à 88,7 mb/j fin 2008. Aussi, ils prévoient une croissance de 4,7 mb/j de la production entre le premier trimestre 2007 et le dernier trimestre 2008. Cette croissance serait équivalente en proportion à celle de 2003-2004.

Regardons maintenant les courbes de l'OPEP et des pays non-OPEP.

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Nous considérons ici la production de l'OPEP avec le nouvel arrivant l'Angola sur l'ensemble de la période considérée qui va de 2001 à 2008. L'OPEP comprend donc 12 pays producteurs. Nous considérons aussi l'ensemble de la production de l'OPEP, le pétrole brut, le non-conventionnel, le NGL et les gains en raffinerie.

Pour la production de l'OPEP, on peut voir la très forte progression entre le deuxième trimestre 2002 et le troisième trimestre 2005 (pour l'instant pic de production en septembre 2005). La production de l'OPEP est passé de 29 mb/j à 35,9 mb/j en un peu plus de trois ans. La croissance est donc de 7 mb/j. Depuis le troisième trimestre 2005, la production a baissé de presque 1,5 mb/j au premier trimestre 2007.

Pour la production non-OPEP, on peut oberver un plateau de production depuis le dernier trimestre 2003 jusqu'à maintenant. Ce plateau oscille entre 48,5 et 49,5 mb/j.

L'EIA prévoit que la production non-OPEP va recommencer à croitre à partir du prochain trimestre, le troisième trimestre 2007 et va monter d'un million de barils d'ici la fin de l'année. La production non-OPEP atteindrait 50,5 mb/j fin 2007. Après, un léger déclin au premier trimestre 2008, la production repartirait à la hausse pour reprendre un million de barils supplémentaire fin 2008. La production non-OPEP atteindrait 51,5 mb/j fin 2008.

Par conséquent, la production non-OPEP augmenterait de 2 mb/j entre début 2007 et fin 2008.

Pour la production de l'OPEP, le déclin se terminerait au premier trimestre 2007 et la production augmenterait fortement au troisième trimestre 2007 (plus de 1 mb/j) puis reprendrait plus d'un million de barils d'ici fin 2008. La production de l'OPEP atteindrait donc 37,2 mb/j fin 2008.

La production de l'OPEP augmenterait de 2,6 mb/j entre début 2007 et fin 2008.

conclusion

Dans ces deux graphiques, nous pouvons voir que nous nous trouvons actuellement à un point de bascule. La production devrait augmenter de 4,6 mb/j d'ici fin 2008, en l'espace d'un an et demi. L'EIA attribue 2,6 mb/j de croissance pour l'OPEP et 2 mb/j pour les autres.

Ce scénario est très ambitieux. Nous verrons prochainement où ils situent les "gisements" de croissance et ce qu'on peut en penser.

Dans le cas où la production poursuivrait son plateau, voir entamerait son déclin final, la situation deviendra vite ingérable tant au niveau des stocks, et donc de l'approvisionnement de l'OCDE, qu'au niveau économique.

Il est très probable que le pic des stocks commerciaux et stratégiques de l'OCDE soit maintenant daté d'octobre 2006.

Le point de bascule entre l'offre et la demande mondiale de pétrole peut se produire à partir de juin 2007. Celui-ci peut être reculé suivant l'évolution de la production mondiale, des prix et de la demande mondiale. Il se produira de toute façon dans les 18 mois qui viennent.

Que signifie ce point de bascule?
Le marché pétrolier était auparavant guidé par la demande. Si la demande augmentait, l'OPEP complétait. Si il y avait récession, l'OPEP fermait les robinets pour maintenir les prix. La production s'adaptait à l'évolution de la demande.

Depuis 2004, la situation a changé. l'OPEP n'a pu garantir des prix stables et a apparemment perdu la maitrise de sa production. Elle semble avoir perdu sa capacité supplémentaire de production qui lui permettait d'adapter son volume de production aux conditions de la demande.

On peut dire que la période 2004-2007 est la période de transition d'un marché guidé par la demande à un marché guidé par la capacité de production. Le point de bascule correspond au moment où la production prend le controle total du marché. Après, la demande doit suivre l'évolution des capacités de production. Si les capacités mondiales de production augmentent, alors la demande peut augmenter dans les proportions de la production. SI la production baisse, alors la demande doit aussi baisser. Le facteur correcteur de la demande est pour l'instant le prix en l'absence d'accord international pour gérer la pénurie.

Si la hausse de prix est contenue par des agents financiers qui ne veulent pas de la récession économique que cela entrainerait, et si la hausse des prix  ne parvient à agir suffisamment sur une demande qui a une élasticité limitée, alors le risque est que les stocks  de l'OCDE se vident et que des pénuries réelles se produisent dans les pays industrialisés assez rapidement. Mais auparavant, des pénuries se produiront dans les pays en développement. C'est d'ailleurs apparemment le cas dans certains pays. Des coupures de courant de plus en plus courante se produisent au Bangladesh, en Inde, et dans certains pays d'Afrique. Nous y reviendrons plus tard.

Makhnovitch.
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