Projections sur le processus de déplétion

Publié le par makhnovitch

Le rapport mensuel de juin 2007 de l'AIE est devenue consultable gratuitement aujourd'hui. 

J'ai pu donc méditer les chiffres  donnée dans ce rapport. Les projections de croissance pour 2007 de la production non-OPEP ont été ramené à 0,86 mb/j, 0,1 mb/j de moins que le mois dernier.

Il est fait mention de la capacité supplémentaire de l'OPEP, que nous aborderons très bientôt dans les prochains articles et l'AIE dit que la capacité "effective" supplémentaire, celle qui est normalement réellement utilisable, serait en fait surévaluée par le fait qu'une bonne de cette capacité ne serait pas exploitable en raffinerie. Ils ajoutent que 88% de cette capacité effective provient de l'Arabie Saoudite et du Koweit. Une bonne partie de la capacité supplémentaire de ces deux pays est du pétrole lourd et très riche en soufre et n'est actuellement pas exploitable en raffinerie alors même que les capacités de traitement des raffineries du pétrole lourd et riche en soufre sont déjà à pleine capacité. Aussi, le rapport conclu que la véritable capacité supplémentaire réellement exploitable est bien plus basse que la capacité effective mais ils ne donnent pas de chiffres.

Note : la capacité effective supplémentaire correspond à la capacité supplementaire de seulement 7 pays de l'OPEP : l'Arabie Saoudite, l'Iran, le Koweit, l'UAE, le Qatar, la Lybie, l'Algérie. Les autres pays, le Nigéria, l'Irak, le Vénézuela et l'Indonésie ne sont pas comptés dans cette capacité effective mais leur supposé capacité supplémentaire est compté dans ce qu'ils appellent la capacité supplémentaire nominale.


Ils s'étendent aussi sur les capacités de croissance de la Russie à l'horizon 2012 et réduisent les pronostics qu'ils avaient fait dans les précédents rapports de Medium Term pour dire que la Russie pourrait atteindre 10,6 mb/j en 2010 et pourrait décliner à 10,5 mb/j en 2012. Ils ne se risquent à aucun pronostic au delà de 2012. Auparavant, ils pronostiquaient que la Russie atteindrait 11 mb/j en 2011. Ils commencent donc à préparer leurs lecteurs à la perspective d'un second pic de production de la Russie, qui selon ces pronostics arriverait en 2010, c'est à dire dans trois ans avec une hausse de 0,2 mb/j respectivement en 2008, 2009 et 2010. Il est évidemment très probable que cette prévision sera revue à la baisse et que le second pic de la Russie sera avancé à une date plus proche. Cela signifie que la Russie se trouve donc de manière imminente à son second pic de production. En fait, sa production plafonne depuis plusieurs mois et à décliner légérement ces deux dernier mois.

On peut voir aussi dans ce rapport le tableau N°3 les prévisions de la production non-OPEP jusqu'à la fin de l'année. SI vous regardez bien les chiffres à chaque trimestre, vous verrez que la production non-OPEP devrait plafonner sur toute l'année. La Russie et la Chine devraient plafonner. Il ne reste plus que les autres pays de la FSU, le Brésil et les autres pays d'Afrique qui apporte de la croissance. la production de l'OCDE est revue à la baisse aussi par rapport au précédent rapport et cela risque de se renouveler dans les prochains rapports.

Aussi, cette fois ci, je vous livre mon sentiment sur la situation sans démontrer chacune  de mes affrimations. Considérant les informations que j'ai en ma possession, je considère certaines de ces projections comme certaines, d'autres comme très probables.

Selon les données de l'AIE :

Le pic non-OPEP et non-ex-URSS ( sans les gains en raffinerie et la production d'éthanol en dehors des USA et du Brésil) arrive à 36,06 mb/j en 2004. ce pic est maintenant certain.

Si l'on rajoute au groupe précédent la Russie, le pic devrait rester en 2004 à 45,29 mb/j bien que les prévisions pour 2007 soit encore juste au dessus à 45,33 mb/j. mais les prévisions pour 2007 devrait encore descendre et passer en dessous du pic de 2004. Si cela est le cas, le pic de 2004 aura très peu de chances d'être dépassé dans les prochaines années.

Dans ce cas, il ne restera plus que le groupe des autres pays de l'ex-URSS en dehors de la Russie, c'est à dire principalement l'Azerbaijan et le Kazakhstan, ainsi que les gains en raffineries et la production d'éthanol en dehors des USA et du Brésil qui sauve pour l'instant la production non-OPEP d'avoir déjà passé son pic de production.

Je pense que la production de l'OCDE repartira fortement à la baisse en 2008. En effet, la production de la Norvège continuera de baisser de 200 000 b/j.
La production de la Grande-Bretagne reprendra un déclin de 200 000 b/j.
Le Mexique accusera lui aussi un déclin de 200 000 b/j.
Les autres pays d'Europe de l'OCDE pourraient descendre de 50 000 b/j.
Les USA sont incertains, ceux-ci peuvent accuser une chute. Nous donnerons une fourchette entre un déclin de 200 000 b/j et une production stable.
Le Canada arrivera peut-être à une croissance entre 50 000 b/j et 150 000 b/j bien le rapport mensuel de l'AIE mentionne que des délais supplémentaires sont à attendre des projets de développement des sables bitumeux et qu'il n'y aura plus de projets en off-shore comme cette année.
Nous considérerons la production de l'OCDE pacifique stable pour 2008.

Aussi, la fourchette du déclin de l'OCDE entre 2007 et 2008 se situerait entre 800 000 b/j et 500 000 b/j.

Etant donné que la production non-OPEP en dehors de l'OCDE semble marquer le pas par manque de candidats à la croissance de la production, il n'y aura pas grand monde pour faire face à ce déclin. Par conséquent, je pense que la production non-OPEP atteindra son pic en 2007. Son déclin commencera l'année prochaine.

En rajoutant à la production non-OPEP la production de NGL et de pétrole non-conventionnel de l'OPEP ainsi que la production de l'Angola et de l'Irak, cet ensemble qui correspond à la production mondiale sans la production de pétrole brut de l'OPEP10 atteindra son pic en 2008 ou peut-être 2009.

L'OPEP10, représentant les pays censés avoir des capacités supplémentaires pour mettre en adéquation la demande et l'offre mondiale,  sera bien seule pour empêcher le déclin de la production mondiale surtout qu'ils auront déjà dépassé leur pic en 2005. En effet, il est très probable, comme nous le verrons dans les prochains articles, que l'OPEP ait atteint son pic en 2005.

La production mondiale de pétrole brut a atteint son pic en mai 2005 et donc en 2005 si l'on résonne en année. Je pense qu'il est très probable que ce pic soit définitif.

La production mondiale tout liquide a pour l'instant atteint son pic en juillet 2006. Il est aussi probable que celui-ci soit définitif mais cela peut encore changer. Il n'est pas encore très clair quelle sera l'année du pic de production mondiale tout liquide.

Pour l'EIA, la production en 2005 et supérieure à celle de 2006 et la moyenne actuelle d'une partie de 2007 est inférieure à 2005. Aussi, selon l'EIA, le pic sera soit en 2005, en 2007 ou avec une moindre probabilité en 2008.

Selon l'AIE, la production de 2006 est supérieure à celle de 2005. Pour l'instant, la moyenne des 5 premiers mois de 2007 est supérieure à celle de 2006. Aussi, selon les chiffres de l'AIE, le pic tout liquide a des chances de se produire en 2006, en 2007 ou avec une moindre probabilité en 2008. La plus forte probabilité est pour 2007.

Ces prévisions sont soumises à un certain degré d'incertitude et tout ceci mérite d'être démontré plus avant.
Je crois en tout cas qu'en 2010, le pic mondial sera clairement visible et bel et bien derrière nous. Devant nous se trouvera une décennie bien incertaine et bien flippante...

Les problèmes d'adéquation de la production avec la demande, qui pour l'instant continue une croissance effrénée, devrair commencer dès le mois de juillet 2007 pour s'aggraver au dernier trimestre 2007. Le rapport prédit que si l'OPEP ne change pas son niveau de production, les stocks de l'OCDE devraient chuter de 1 à 1,5 mb/j au troisième trimestre. Ils ne parlent pas encore du dernier trimestre mais le déclin des stocks de l'OCDE pourrait monter à 2 voir 3 mb/j.

Dans ce contexte, les prix du pétrole devrait monter fortement dans les prochains mois et dépasser certainement 100$ le baril d'ici la fin de l'année.

Cela devrait entrainer un ralentissement de la croissance économique mondiale.

L'OCDE pourrait être menacé par des pénuries d'essence et de produits pétroliers à partir de cet été aux USA et en 2008 pour l'Europe.

Makhnovitch.
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pit 27/06/2007 10:42

Personnellement ce n’est pas tant les capacités nettes de production de pétrole mondiale qui focalise mon attention, mais d’autres facteurs dont on parle moins, mais qui ont un pouvoir d’amplification des problèmes. Par exemple : La capacité mondiale d’exportation des pays producteurs décline, même si leur production peut augmenter. La Russie est le candidat type de ce cas de figure. La qualité du pétrole, qui de léger passe progressivement au lourd soufré, est encore un autre facteur, car au final à la sortie des raffineries il y aura plus de résidus et de corrosion, donc moins de produits raffinés pour une quantité à l’entrée équivalente à celle des années précédentes. Un facteur politique, qui pour des pays majeurs comme l’Iran, l’Irak, le Venezuela ou le Nigeria, bride ou empêche toute augmentation de production, voir les diminue, ce qui est pire. Ici c’est le Venezuela qui est le candidat type, car il est certain que pour des raisons politiques, ce pays diminuera ses livraisons aux Etats-Unis. Si la production de pétrole mondiale plafonne, les conséquences seraient donc bien différentes selon qu’on est importateur ou exportateur de pétrole, car il est évident que les pays producteurs vont privilégier leur propre croissance économique avant celle de leurs clients importateurs de pétrole.

makhnovitch 27/06/2007 13:03

Je suis tout à fait d'accord avec toi. J'ai parlé jusqu'à maintenant principalement des capacités de production  de pétrole en quantité extraite. Mais en effet, derrière ce fait, on trouve le pic de production net disponible en dehors de l'industrie pétrolière, c'est à dire en fonction l'énergie récupéré après avoir soustrait l'énergie investi de l'énergie brut. Il semble aussi que le pic des exportations soit déjà passé avec un peu d'avance sur le pic du brut, ce qui est logique. La qualité du pétrole se dégrade et ceci explique les difficultés en raffinerie et le prix du pétrole montant, les problèmes géopolitiques vont aller en s'accentuant. De même, les pays exportateurs connaissent une croissance économique qui va entrainer une baisse accrue des exportations vers l'OCDE. De plus, ils peuvent se dire qu'ils n'ont aucun intérêt à exporter au maximum vu que les prix vont augmenter et ils peuvent restreindre leur production volontairement. De plus, on trouve des problèmes dans le secteur pétrolier pour trouver de la main-d'oeuvre qualifiée et cela va aller en s'accentuant vu que beaucoup de cadres vont partir à la retraite dans très peu de temps. Il semble aussi qu'il puisse y avoir des problèmes sur les disponibilités des plate-formes pétrolières dont une grande partir a plus de 25 ans et dont personne ne sait combien de temps encore elles vont tenir. Mais l'ensemble du système de production de pétrole est maintenant d'un certain age et commence à montrer des signes de faiblesses. Il est vrai que je n'aborde pas assez ces questions. Je vais faire un article dans ce sens prochainement. Merci pour la remarque.Makhnovtich.