La réalité du pic pétrolier rattrape l'AIE

Publié le par makhnovitch

Nous allons voir ici que la réalité du pic approchant de la production non-OPEP rattrape les prévisions de l'AIE.

L'Agence Internationale est obligée de revoir ses prévisions de production non-OPEP de plus en plus fortement à la baisse. 

Nous allons étudier les prévisions qu'ils font sur les rapports mensuels (OMR) et les 'Médium Term Oil market Report" (MTOMR).

Les rapports mensuels sortent tout les mois et au sein du tableau N°3 des tables en fin de rapport, ils s'appliquent à estimer les productions de trois années.

Ainsi, pour une année X, les estimations commencent au mois de juillet de l'année X-1 et s'arrêtent au mois de juin de l'année X+2. Ainsi, les prévisions de l'année X évoluent au cours d'une durée de trois ans. 


Nous allons étudier les prévisions des années 2001 à 2007 à partir des rapports mensuels de août 2000 à juin 2007. Ainsi, le cycle de prévision des années 2006 et 2007 n'est pas terminé. Par contre, le rapport de juin 2007 clot les estimations de l'année 2005. 


Regardons le graphique qui parle de lui-même. Tous les chiffres de la production non-OPEP sont entendus sans la production de l'Angola.

nonOPEP0107.gifLes 7 courbes de ce graphiques représentent les estimations de l'AIE de la production non-OPEP des années 2001 à 2007.

Chaque estimation court sur trois années. Vous pouvez constatez que les années 2001, 2002 et 2003 sont stables sur la période d'estimation, et même augmente au fil du temps pour l'année 2002.

En 2004, l'estimation descend de 0,5 mb/j entre juillet 2003 et mai 2004 puis reste stable.

C'est en 2005 que la situation change radicalement. Les années précédentes, on peut constater que la production non-OPEP croit chaque année d'environ d'un million de baril par jour. Aussi, l'estimation de 2005 repart sur une croissance similaire en juillet 2004. Mais l'estimation doit descendre radicalement au cours de l'année 2005 à cause de la chute importante de la production de l'OCDE. En octobre 2005, à la fin de la période des ouragans du Golfe du Mexique, l'estimation de la production non-OPEP de l'année 2005 et inférieur à celle de l'année 2004 aux alentours de 49 mb/j. Elle est ensuite restée à peu prés constante jusqu'en juin 2007. La différence entre l'estimation de juillet 2004 et celle de juin 2007 est de 1,11 mb/j.

On pourrait invoquer des événements extraordinaires au cours de l'année 2005 pour expliquer cette anomalie des prévisions de l'AIE. Mais les prévisions de l'année 2006 démentent cette affirmation. Les prévisions de l'année 2006 commencent en juillet 2005. Celles ci vons descendre en même temps que l'année 2005 à la fin de l'année 2005. Mais le déclin va continuer tout au long de l'année 2006 et au début de l'année 2007. L'estimation semble s'être stabilisée sur le deuxième trimestre 2007 à 49,4 mb/j juste à 0,4 mb/j au dessus de l'année 2005 et 0,2 mb/j au dessus de l'année 2004. La différence entre la première estimation de juillet 2005 et celle de juin 2007 est déjà de 1,53 mb/j. Elle est déjà plus importante que celle de 2005.

Les estimations de l'année 2007 n'ont pas été touchées par les dégâts des ouragans de l'année 2005 puisque les estimations ont commencé en juillet 2006. Pourtant, après d'un an, en juin 2007, la différence entre les estimations est déjà de 1,28 mb/j.

Aussi, il est clairement visible sur le graphique précédent que les estimations déclinent de plus plus rapidement au fur et à mesure des années. Pourtant, la première estimation de l'année 2007 et juste au dessus de la première estimation de l'année 2006, aux alentours de 51 mb/j.

On peut donc en conclure que les algorithmes qui calculent les prévisions de l'AIE ne fonctionnent plus dans cette période de pic pétrolier.

On peut s'attendre à ce que les estimations de l'année 2007 continuent à descendre jusqu'au cours de l'année 2008. De combien?

Regardons maintenant la différence entre les estimations du Medium Term de juillet 2006 et celui de juillet 2007 sur la production non-OPEP à l'horizon 2011 pour le premier rapport et 2012 pour le second. Vous pouvez voir que la différence est impressionnante entre les deux rapports.

MTOMR.gif


Le rapport MTOMR de juillet 2006 estimait que la production non-OPEP atteindrait 51,26 mb/j en 2007 alors que le rapport MTOMR de juillet 2007 estime que celle-ci n'atteindra que 49,98 mb/j. Aussi, la baisse est de 1,28 mb/j et cette baisse n'est pas définitive.

Comme je le dis sur le graphique, si on prend les estimations de l'année 2005 de chaque courbe, la croissance entre 2005 et 2007 pour le rapport de 2006 est  de 2,37 mb/j tandis que la croissance entre 2005 et 2007 pour celui de 2007 n'est plus que de 0,98 mb/j.

Ainsi, on observe un chute de 1,37 mb/j de la croissance de la production non-OPEP entre les rapports, ce qui correspond à une baisse de 59% de la croissance entre 2005 et 2007!

Pour l'année 2011, la différence atteint 2 mb/j entre les deux rapports et la croissance entre 2005 et 2011 baisse de 40% entre les deux rapports. Dans le rapport Medium Term de février 2007, qui n'est pas reproduit ici, la baisse avait été de 1 mb/j sur 2011. Elle est de nouveau de 1 mb/j en juillet 2007. A cette allure, l'estimation de la production non-OPEP en 2011 sera équivalente à celle de 2005 en 2009. C'est encore une illustration du syndrome du Jour d'Après. Au fur et à mesure du temps, les prévisions deviennent de plus en plus pessimistes. 

L'AIE finit par sonner l'alarme dans le rapport de juillet 2007. Avec leurs prévisions de hausse de la demande qui devrait atteindre 95,82 mb/j en 2012, et le fait que la production non-OPEP n'atteint que 52,56 mb/j en 2012, ils en concluent que la demande sur l'OPEP va fortement augmenter et atteindre 36,81 mb/j sur ce qu'on appelle le "Adjusted Call on OPEP Crude + stock change and Miscellaneous". Ce nom barbare nomme la demande sur la production de pétrole brut des 12 pays de l'OPEP en intégrant les variations des stocks mondiaux.

La demande
"Adjusted Call on OPEP Crude + stock change and Miscellaneous" pour 2007 est actuellement de 31,89 mb/j alors que la production en juin 2007 de brut de l'OPEP est seulement de 30 mb/j!

Selon l'AIE, la pleine capacité de production de l'OPEP atteindra 38,36 mb/j en 2012, ce qui laissera seulement 1,55 mb/j de capacité supplémentaire "notionale".

La capacité "notionale" est une capacité théorique qui prend en compte aussi des capacités supplémentaires des 12 pays de l'OPEP dont l'Irak, le Nigéria, le Vénézuela et l'Indonésie. Ces capacités supplémentaires de ces quatres pays sont seulement théoriques et n'existent pas. 

Aussi, l'AIE utilise aussi la capacité supplémentaires effective qui ne prend pas en compte les capacités supplémentaires de ces quatres pays. En mai 2007, la différence entre les deux capacités supplémentaires est de 1,15 mb/j. Dans le rapport MTOMR, l'AIE part du principe que la différence entre les deux capacités supplémentaires est en moyenne de 1 mb/j.

Par conséquent, la capacité supplémentaire effective de l'OPEP serait de 0,55 mb/j en 2012! Et c'est la raison pour laquelle l'AIE tire la sonnette d'alarme en disant que la demande va depasser la capacité mondiale de production en 2012-2013. 

Il faut bien voir que les capacités de production des pays de l'OPEP que l'AIE donne dans son rapport Medium Term de juillet 2007 sont très ambitieuses et on peut douter de leur véracité. Voici les capacités de production des 12 pays  en 2012 :

Algérie : 1,56 mb/j ( 1,35 mb/j en 2006)
Indonésie : 0,9 mb/j ( 0,89 mb/j en 2006)
Iran : 3,77 mb/j ( 3,89 mb/j en 2006) , c'est le seul pays de l'OPEP pour lequel l'AIE donne une capacité qui va diminuer au cours des 5 prochaines années à partir de 2010 selon eux.
Koweit : 3,06 mb/j ( 2,50 mb/j en 2006)
Libye : 1,92 mb/j ( 1,71 mb/j en 2006)
Nigéria : 2,84 mb/j ( 2,24 en 2006)
Qatar :1,16 mb/j ( 0,82 mb/j en 2006)
Arabie Saoudite : 12,57 mb/j (8,93 mb/j en 2006), vous pouvez apprécier le rôle central de ce pays dans les estimations de croissance de production des 5 prochaines années puisque l'AIE prévoie que l''Arabie Saoudite devrait au moins atteindre un niveau de production de 12 mb/j en 2012 si tout les autres pays produisent à pleine capacité. Ceci signifie que ce pays devrait en toute logique augmenter sa production de 3 mb/j entre 2006 et 2012...
Emirats Arabes Unis : 3,38 mb/j ( 2,62 mb/j en 2006)
Vénézuela : 2,62 mb/j ( 2,56 mb/j en 2006)
Angola : 2,17 mb/j ( 1,37 mb/j en 2006)
Irak : 2,4 mb/j ( 1,9 mb/j en 2006)

On comprend mieux pourquoi l'AIE commence à s'inquiéter car ces estimations sont largement optimistes et la réalité sera beaucoup plus pessimiste.

On peut dire que la révision à la baisse de ses estimations de production dans ce rapport arrive au point de croisement avec la demande. Le point de croisement actuel de l'AIE se trouve en 2012-2013 malgré ses larges sur-estimations de l'ensemble des producteurs OPEP et non-OPEP.

Nous avons vu précédemment dans d'autres articles que ce point de croisement pourrait en fait se trouver en... juin-juillet 2007, c'est à dire maintenant et non en 2012. L'AIE sera amené à progressivement rapprocher dans le temps ce point de croisement entre la capacité de production mondiale et la demande. Le point crucial concernera les réelles capacités de l'Arabie Saoudite puisque ce pays devrait en toute logique assumer une croissance de 3,4 mb/j  de sa production d'ici 2012, ce qui semble largement improbable.

Pour atteindre une production de 95,8 mb/j en 2012, l'AIE prévoit que l'évolution de la production entre 2006 et 2012 va se répartir de la manière suivante :

La production mondiale en 2006 est de 85,12 mb/j. Aussi, la croissance de la production mondiale devrait théoriquement être de 10,7 mb/j sur 6 ans.

La production de l'OCDE passerait de 20,03 mb/j en 2006 à 18,7 mb/j en 2012. Ils perdraient donc 1,3 mb/j. 

La production non-OPEP et non-ex-URSS (OCDE+Asie+Europe+Amérique Latine+Afrique+ Moyen-Orient) passerait de 35,18 mb/j en 2006 à 35,38 mb/j en 2012. La production resterait donc pratiquement constante. Aussi, le reste du monde compenserait les pertes de l'OCDE. La croissance serait de 0,2 mb/j.

L'ex-URSS passerait de 12,10 mb/j en 2006 à 14,4 mb/j en 2012 et donc apporterait une croissance de 2,3 mb/j dont 0,9 pour la Russie. 

Les gains de raffineries feraient gagner 0,2 mb/j et la production d'agrocarburants en dehors des USA et du Brésil passeraient de 0,2 mb/j en 2006 à 0,8 mb/j en 2012. Aussi, les agrocarburants apporteraient 0,6 mb/j.

Ainsi, la production non-OPEP augmenterait de 3,3 mb/j entre 2006 et 2012.

La production de NGL par l'OPEP passerait de 4,63 mb/j en 2006 à 7,08 mb/j en 2012. Aussi, leur croissance serait de 2,45 mb/j.

Aussi la croissance cumulée de l'ensemble de ces productions seraient de 5,75 mb/j.

Aussi, l'OPEP devrait produire le reste de la croissance en pétrole brut, c'est à dire 5 mb/j.
En effet, la production de l'OPEP est de 31,06 mb/j en 2006 avec l'Angola et elle devrait atteindre 36,18 mb/j en 2012. L'Arabie Saoudite apporterait à elle-seule 3 mb/j de croissance, les autres 1,6 mb/j.

Si on calcule la différence entre la production de 2006 et la capacité des autres pays de l'OPEP, on trouve un augmentation de 3,75 mb/j mais il faut enlever 1 mb/j pour passer à la capacité supplémentaire effective et ensuite 0,67 mb/j pour ajuster cette capacité supplémentaire avec les changements de stocks. On tombe alors sur une différence
de 2 mb/j entre  la production entre 2006 et la pleine capacité en 2012  pour les 11 autres pays de l'OPEP.

J'espère avoir été assez clair dans mon explication. Le but est de montrer la relativité des chiffres de l'AIE et leur évolution. Le rôle de l'AIE est central dans les prises de décisions des gouvernements de l'OCDE sur leur politique énergétique. Aussi, l'AIE va être obligé de se rendre à l'évidence sur la réalité du pic pétrolier non-OPEP qui est imminent.

Les estimations de l'année 2008 vont commencer dans le rapport OMR de juillet 2007 qui va sortir demain. Nous verrons au cours des mois à venir l'évolution de ces estimations.

Prochainement, nous proposerons une méthode de pistage du pic de production non-OPEP. Je pense qu'il va se produire entre 2006 et 2008. Aussi, je vais  proposer une méthode pour suivre son évolution au travers de chiffres données par l'AIE dans ses rapports mensuels.

Makhnovitch.

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