Retour sur le futur proche (première mise à jour)

Publié le par makhnovitch

Le 27 juillet 2007, j'ai publié un article intitulé "retour sur le futur proche".
Dans cet article, j'étais revenu sur les courbes de production mondiale tout liquide de l'AIE et de l'USEIA.

Le but était de montrer la pression de la demande sur la production et notamment sur l'OPEP.

Maintenant, nous sommes plus de trois mois plus tard dans le dernier trimestre 2007.
Les prix du pétrole ont bien explosé et sont proches des 100$ comme je l'avais supposé dans cet article : "
Les prix devraient en toute logique bondir à des niveaux qu'on ne peut prédir. Je pense que nous dépasseront les 100$ le baril voire atteindront les 150$ d'ici la fin de l'année surtout si le dollar continue sa chute. Aussi, nous entrons dans ce qu'on peut appeler la phase d'impact du processus du pic pétrolier. Le marché était jusqu'à maintenant guidé seulement par la demande et donc par des aspects économiques. L'OPEP était chargée de gérer les prix en ouvrant ou fermant les robinets de ses immenses gisements dont tout le monde pensait qu'ils étaient inépuisables . Cette période est maintenant close. Nous entrons dans une nouvelle logique où le marché pétrolier sera guidé par les capacités de production. La demande devra suivre en fonction et les prix seront la variable d'ajustement.  L'homme devrait perdre tout contrôle sur l'évolution des prix et ceux-ci devraient devenir de plus en plus volatiles."

Ma théorie est que l'été 2007 constitue un point de bascule après lequel le marché entre dans un déséquilibre permanent entre l'offre et la demande. Le marché devient guidé par la production et non plus par la demande, ou du moins par l'évolution de la demande en fonction de la production. Alors qu'auparavant, c'était l'inverse : la production s'adaptait en fonction de la demande et c'était l'OPEP qui faisait office de régulateur.

Cette bascule devrait provoquer une perte progressive du contrôle de prix par les marchés et un volatilité extrême. C'est ce qu'il s'est produit ces trois dernières semaines avec des hausses brusques des prix du baril.

Qu'en est-il maintenant? C'est ce que nous allons voir dans les graphiques suivants.

La situation n'a pas véritablement changé sauf que l'on sait un peu mieux où l'on va.

Regardons tout d'abord la courbe de production mondiale tout liquide actualisée depuis 2001.

prodttliquide01.gif 
La situation n'a pas vraiment changé et pour l'instant, c'est toujours le mois de juillet 2006 qui remporte la palme, que ce soit pour l'AIE ou pour l'USEIA. Il est à noter que les chiffres de l'OPEP donne le mois de septembre 2007 supérieur à juillet 2006. Je crois maintenant que le niveau de juillet 2006 a des chances d'être battu en octobre ou décembre 2007 ou encore en janvier 2008. La production mondiale devrait augmenter dans les mois à venir sauf peut-être en novembre à cause de la maintenance dans les gisements des Emirats Arabes Unis. En effet, côté production non-OPEP, les maintenances en Mer du Nord et au Mexique sont finis, et de nouvelles mises en production au Brésil devraient arriver. La production devrait augmenter en Chine et en Afrique et peut-être au Canada. Côté OPEP, la production des 10 pays de l'OPEP soumis aux quotas devraient monter aux alentours de 27,2 mb/j d'ici novembre et la production de l'Angola continuer à progresser. Ainsi, l'OPEP12 pourrait atteindre entre 31 mb/j et 31,5 mb/j d'ici la fin de l'année. La production de gaz naturel liquide de l'Arabie Saoudite devrait augmenter aussi de 0,2 mb/j. Aussi, la production totale de l'OPEP pourrait atteindre 36 mb/j et la production non-OPEP tourner autour de 50-50,5 mb/j. C'est-à-dire que la production mondiale pourrait monter aux alentours de 86-86,5 mb/j au quatrième trimestre 2007.

Cependant, je ne pense pas que la production de pétrole brut dépassera le pic de mai 2005.

Cependant, comme nous allons le voir plus loin, cela ne suffira à couvrir la demande. Par conséquent, la pression sur l'OPEP ne va pas baisser bien au contraire. Aussi, la progression actuelle de la production mondiale correspond en fait à la tentative ultime de la production mondiale. Cette progression va atteindre les véritables limites de la production mondiale sauf à ce que la demande et la production chute brutalement pour cause  géopolitique ou économique.

Mais si il se trouvait que la production mondiale se remettait à baisser alors même que la demande ne serait toujours pas couverte, que les stocks continuaient à baisser alors il sera évident que cette baisse serait incontrolée. Quand est ce que cela va se produire? je dirais à la louche que la baisse ne devrait pas se produire après la fin du printemps 2008, d'ici 8 mois. A combien se trouvera-t-on a ce moment là? On ouvre les mises?

Je pense donc que la présente hausse de la production est la dernière tentative possible de battre le pic mondial sur une base mensuelle car ensuite, les forces du déclin vont reprendre le dessus et c'en sera définitivement fini avec tout espoir de parler du pic au futur.

Sur une base annuelle, je pense que le pic de pétrole conventionnel (version AIE) est maintenant quasi certain à 2005. Je place la fenêtre du pic du pétrole tout liquide entre 2006 et 2008. Ensuite, le pic non-OPEP devrait arriver entre 2007 et 2008...

En effet, de nombreux pays sont sur le point de basculer dans le déclin d'ici 2010 et ce sera leur agenda qui va déterminer la progression des événements.

Les principaux sont la Russie, l'Iran, la Chine, L'inde, l'Azerbaijan (passage au plateau), l'Algérie, le Qatar.

Les jeux sont donc pratiquement faits...C'est en fait le pire scénario qui est en train de se produire. C'est à dire que le pic va être dépassé, les stocks vont commencer à se vider et toujours aucune action politique digne de ce nom n'aura été entreprise. La population se trouvera toujours dans une parfaite inconscience du danger réel alors que la phase T2 va s'approcher rapidement...

Bon, revenons sur les graphiques de l'offre et de la demande d'ici à fin 2008.

Regardons la demande mondiale de pétrole tout liquide d'ici 2008. Je donne les deux courbes de juillet 2007 et octobre 2007 ainsi que la production jusqu'au troisième trimestre 2007.

prodetdemandemond.gif
Les prévisions d'octobre 2007 sont un peu moins hautes sur la demande au quatrième trimestre puisque la demande passe de 88 mb/j prévue en juillet 2007 à 87,6 mb/j en octobre 2007. Sur le troisième trimestre, la demande passe de 86,2 mb/j en juillet 2007 à 85,5 mb/j en octobre 2007. En toute logique, les prévisions de demande du quatrième trimestre devraient continuer à baisser dans les mois qui viennent, peut-être aux alentours de 87 mb/j. Vous pouvez quand même apprécier la forte poussée prévue de la demande dans les 15 mois à venir. C'est considérable et même si cette prévision est trop optimiste, cela restera très difficile à satisfaire.

Maintenant regardons les previsions de production non-OPEP avec la production de gaz naturel liquide de l'OPEP.

non-opep.gif
Ce graphique ne change pas vraiment de juillet 2007 non plus. L'AIE assume toujours que la production non-OPEP va fortement augmenter durant ce trimestre et le trimestre suivant. Cette augmentation serait de 1 mb/j à chaque trimestre. Cela parait très ambitieux. Nous reviendrons dans un article suivant sur la production non-OPEP et ses possibilités.

Cependant, si on assume que cette augmentation va se réaliser, cela ne résout pas vraiment le problème de l'OPEP comme nous allons le voir dans le graphique suivant.

opep.gif
Ce graphique a été publié aussi en juillet 2007. Aujourd'hui, je publie le "Call on OPEP" version octobre 2007 en plus en laissant visibles les prévisions de juillet 2007. En vert, ce sont les possibilités ultimes de l'OPEP selon l'AIE et leur évolution. On peut donc constater que le  "Call on OPEP" au quatrième trimestre est encore assez important, bien que moins fort qu'en juillet. Je pense que la production de l'OPEP va atteindre aux alentours de 31 mb/j au quatrième trimestre. Le "Call on OPEP" sera de 32,7 mb/j. Par conséquent, il devrait manquer 1,7 mb/j à l'appel....On comprend mieux la nervosité des marchés actuellement. C'est-à-dire que même dans les scénarios optimistes de l'AIE, on ne passe plus. De plus, ces provisions sont en train de devenir réalité puisque les stocks de pétrole brut de l'OCDE se vident concrétement pour compenser le manque.

Il ya des chances que cet écart d 'environ 1,5 mb/j entre la production et la demande ne change pas vraiment dans les deux trimestres à venir. Il est en effet largement possible que la production non-OPEP soit inférieure aux prévisions mais que la demande soit aussi inférieur aux prévisions. L'un dans l'autre, cela devrait laisser le "Call on OPEP" dans les mêmes eaux...

Ces 1,5 mb/j pourront être compenser par quatres sortes de stocks :
-les stocks industriels de l'OCDE
-les stocks stratégiques de l'OCDE
-les stocks en transit et dans les bateaux
-le 'Miscellaeaous to balance" correspondant aux stocks non comptabilisés au sein de l'OCDE et les stocks non-OCDE. La moyenne de cette catégorie des huit derniers trimestres est de +0,5 mb/j mais va tendre à baisser vers les négatifs.

Comment va se répartir le manque? On peut penser que les deux-tiers vont au moins être assumé par les stocks industriels de l'OCDE, c'est à dire au moins 1 mb/j. cela aménerait à une baisse de stocks d'environ 180 mb d'ici fin mars par rapport à fin septembre.

Evidemment, si la production non-OPEP n'était vraiment pas au rendez vous, on pourrait alors assister à une chute plus rapide des stocks industriels qui peut monter à environ 250 ou 300 mb d'ici fin mars...

Emmanuel Broto.

 
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article