USEIA "Short Term Energy Outlook" Novembre 2007

Publié le par makhnovitch

Alors que les chiffres hebdomadaires des stocks américains vont être propulsé sur la place publique d'ici quelques heures et que le baril à New York a dépassé les 98$, l'USEIA a publié son rapport "Short Term Energy Outlook" qui court jusqu'à fin 2008.

On y trouve de nombreuses informations intéressantes en ces temps troublés sur le marché pétrolier.

Pour commencer voici les commentaires de l'USEIA pour le marché international :

"Tight fundamentals continue to put upward pressure on oil prices.  Despite the OPEC commitment to raise output beginning in November, strong demand, limited surplus capacity, falling inventories and geopolitical concerns continue to weigh on the market.  Rising oil consumption and the realization that additional OPEC production may not be sufficient to arrest the inventory decline are keeping markets firm.  At the same time, the market is operating with limited surplus production capacity, leaving it vulnerable to supply disruptions."

 Traduction : " Des fondamentaux très serrés vont continuer à pousser vers le haut les prix du pétrole. En dépit des annonces de l'OPEP pour augmenter leur production à partir de novembre, une demande forte, des capacités supplémentaires limitées, des stocks en baisse et des inquiétudes géopolitiques continuent de peser sur le marché. Une consommation de pétrole en hausse et la réalisation que la production additionnelle de l'OPEP ne sera pas suffisante pour arrêter le déclin des stocks ont maintenu la fermeté des marchés. En même temps, le marché fonctionne avec des capacités supplémentaires limités, le rendant vulnérable à des ruptures d'approvisionnements."

Tout est dit ou presque...


1- Nouveau record pour la production mondiale tout liquide selon l'USEIA

L'USEIA estime que la production mondiale tout liquide a atteint 85,77 mb/j en octobre 2007. Ce chiffre constitue un nouveau record selon les données de l'USEIA puisque le précédent record de juillet 2006 était de 85,50 mb/j.

Mes estimations se confirment donc sur le fait que le niveau de juillet 2006 allait être dépassé à l'automne ou l'hiver 2007-2008.

Les données sur la production de pétrole brut ne sont pas encore publiées et nous verrons alors si la production de pétrole brut au mois d'octobre 2007 a dépassé son record de mai 2005. Je ne pense que ce soit le cas.

2- La production de l'OPEP atteint ses capacités maximales en dehors de l'Arabie Saoudite

La production de l'OPEP10 a atteint 27,13 mb/j au mois d'octobre, ce qui ce situe 0,1 mb/j en dessous du seuil qu'ils se sont fixés pour novembre. Leur production était de 26,91 mb/j en septembre.

L'OPEP12 atteint 30,98 mb/j en octobre, 0,2 mb/j de plus qu'en septembre. En juin 2007, la production de l'OPEP12 avait atteint un plus bas à 29,95 mb/j. Aussi, en quatre mois, la production de l'OPEP12 a donc augmenté de 1 mb/j.

Voici les variations de production des 12 pays de l'OPEP entre juin et octobre 2007 :
L'algérie passe de 1,37 à 1,42  mb/j :                           +0,05 mb/j
L'Indonésie passe de 0,85 à 0,84 mb/j:                        -0,01 mb/j
L'Iran reste constant à 3,7 mb/j :                                      0,00 mb/j
Le Koweit passe de 2,42 à 2,65 mb/j:                           +0,23 mb/j
La Lybie passe de 1,69 à 1,74 mb/j:                              +0,05 mb/j
Le Nigéria passe de 2 à 2,1 mb/j:                                  +0,10 mb/j
Le Qatar passe de 0,80 à 0,88 mb/j:                              +0,08 mb/j
L'Arabie Saoudite passe de 8,6 à 8,8 mb/j:                  +0,20 mb/j
Les Emirats Arabes Unis passent de 2,5 à 2,6 mb/j :  +,0,10 mb/j
Le Vénézuela reste à 2,4 mb/j:                                          0,00 mb/j
L'Angola passe de 1,63 à 1,75 mb/j:                              +0,12 mb/j
L'Irak passe de 2 à 2,1 mb/j:                                            +0,10 mb/j
TOTAL                                   :                                             +1,02 mb/j

Sur ces 12 pays, un seul a vu sa production décliner sur les quatres derniers mois : l'Indonésie et deux autres sont restés stables : l'Iran et le Vénézuela.

Seulement voilà,  tous les pays de l'OPEP à l'exception de l'Arabie Saoudite et l'Algérie tournent à plein régime. La capacité supplémentaire des dix autres pays est égale à 0,00 mb/j.
L'algérie aurait encore 0,04 mb/j de capacité supplémentaire, ce qui est négligeable.
Reste l'Arabie Saoudite. Selon l'USEIA, celle-ci possède encore 1,7 mb/j de capacité supplémentaire. Selon Bloomberg, dans un article publié hier,  la production saoudienne aurait atteint 8,88 mb/j fin octobre et devrait monter à 8,94 mb/j en novembre.

Désormais, le monde tourne à plein régime avec comme joker l'Arabie Saoudite mais personne ne connait ses capacités réelles. Dans les mois qui viennent, la pression va progressivement augmenter sur ce pays pour qu'il utilise sa soi-disante capacité supplémentaire mais existe-t-elle réellement? Déjà, dans l'article de Bloomberg, il est signalé que les Emirats Arabes Unis vont procéder à des travaux de maintenance sur leurs gisements de Upper Zakum, Lower Zakum et Umm Shaif au cours du mois de novembre. Ces travaux devraient retirer 600 000 b/j de la production des Emirats Arabes Unis. Même les analystes qui s'expriment sur Bloomberg ne croient que l'Arabie Saoudite puisse compenser cette perte en novembre. Ainsi Mueller, un analyste de Energy Security Analysis Inc, pense que "les saoudiens vont trouver difficile de compenser les barils manquants."

Voici un graphique publié par l'USEIA qui permet de visualiser la perte de capacité supplémentaire de l'OPEP en dehors de l'Arabie Saoudite :

2007-oil-prices-fig2.gifDans ce graphique, il y a une partie au passé et une partie prévision séparée par la ligne verticale en pointillé. On peut donc voir clairement que la capacité supplémentaire des "others OPEC" a diminué depuis juillet pour devenir presque nulle en octobre 2007. La capacité supplémentaire de l'OPEP est passée de 2,5 mb/j en juillet à 1,74 mb/j en octobre. Pour ce qui est des prévisions de l'USEIA, on peut noter qu'ils ne prévoient un retour de la capacité supplémentaires des "others OPEC" qu'en juillet 2008 de manière insignifiante jusqu'à la fin de l'année 2008. En gros, l'USEIA prévoit que le monde va tourner à plein régime en dehors de l'Arabie Saoudite jusqu'à la fin de l'année 2008. On peut noter qu'ils prévoient que l'Arabie Saoudite va augmenter sa capacité supplémentaire en décembre 2008 puis mai 2008 puis encore une fois en juillet 2008 pour faire monter la capacité de l'OPEP autour de 2,5 mb/j.

Dans un autre graphique, ils montrent l'évolution de la production de ces deux entités depuis septembre 2008 et leurs projections.

2007-oil-prices-fig1.gifDans ce graphique, ils montrent l'évolution de la production de l'Arabie Saoudite et des autres pays de l'OPEP par rapport à leur niveaux de septembre 2006 juste avant les deux coupures de production. On peut constater que les autres pays de l'OPEP sont revenus sur leur niveaux de septembre 2006 en septembre 2007. L'OPEP avaient décidé de baisser ses niveaux de production de 1,2 mb/j en novembre 2006 puis encore 0,5 mb/j en février 2007. Dans les faits, ils ont retiré la moitié des ce qui était prévue. En dehors de l'Arabie Saoudite, l'OPEP est revenue aux niveaux de septembre 2006 et devraient monter en puissance d'ici janvier 2008 selon l'USEIA. Une grande partie de l'augmentation de la production vers la fin de l'année des "others OPEP" devrait être dû à l'Angola.

Mais le plus intéressant dans ce graphique est l'Arabie Saoudite. Son niveau de production en septembre 2006 est exactement de 9 mb/j. On peut remarquer que l'USEIA prévoit que l'Arabie Saoudite devrait passer de 8,6 mb/j en août 2007 à 8,9 mb/j en novembre 2007. Mais ce qui est le plus curieux est qu'ils prévoient qu'elle y reste jusqu'à la fin de l'année 2008! Mais si on se revient sur le graphique précédent, on voit que la capacité supplémentaire de ce pays augmente dans le même temps.

Conclusion très étrange : l'USEIA prévoit que tous les pays de l'OPEP vont rester à plein régime de maintenant à fin 2008 mais que l'Arabie Saoudite va rester au même niveau de production et va augmenter sa capacité maximum de production de 10,5 mb/j à environ 12,5 mb/j! Tout ceci n'est pas très logique. Est-ce à dire que la véritable capacité de l'Arabie Saoudite est 8,9 mb/j?

Pour finir avec l'OPEP,  l'USEIA prévoit que l'OPEP12 produira 31 mb/j durant le dernier trimestre 2007 et 31,7 mb/j en 2008. Cette augmentation serait entièrement dû à des augmentation de capacité de production des pays de l'OPEP en dehors de l'Arabie Saoudite.


La production non-OPEP

Il y a moins à dire sur la production non-OPEP. L'USEIA dit que la production non-OPEP sera de 0,6 mb/j plus importante durant le quatrième trimestre 2007 par rapport à l'année précédente. Ils espèrent que celle-ci va augmenter de 0,9 mb/j en 2008. Il comptent pour cela sur le Brésil, les USA (USEIA prévoit toujours une croissance des USA, c'est curieux non?), la Russie et le Canada. Ceux-ci devront compenser le Mexique, la Norvège et la Grande-Bretagne et l'Egypte. Les pays de l'ex-URSS devraient compter pour la moitié de la croissance non-OPEP, c'est-à-dire 0,45 mb/j.

Fig8.gif

mais le problème reste que, selon les propres termes de l'USEIA, "cependant, la production non-OPEP devrait augmenter moins vite que la consommation mondiale au moins jusqu'à la seconde partie de l'année 2008, mettant la pression sur l'OPEP et sur les stocks pour compenser le manque."
Ce n'est pas moi qui le dit cette fois ci !

La consommation mondiale de pétrole


Il est noté que la croissance de la consommation mondiale continue en dépit de la hausse des prix. Ils prévoient que la consommation mondiale sera de 1,8 mb/j plus haute durant ce trimestre qu'il y a un an. Pour 2008, il est pour l'instant prévu que la consommation mondiale augmentera de 1,5 mb/j. Les principaux "drivers" de la croissance de la consommation devrait être la Chine, les USA, la Russie et les pays du Moyen-Orient. Cependant, les plus grandes "menaces" pour la croissance de la consommation sont la hausse des prix du brut et les troubles sur les marchés financiers. On s'en serait douté. On reviendra un peu plus loin sur le rapport complémentaire sur les causes de la hausse des prix selon l'USEIA.

Les stocks commerciaux de l'OCDE


Les stocks commerciaux de l'OCDE déclinent et se trouvent à environ 2600 millions de barils fin septembre, à peu près au niveau des 5 dernières années. Il est noté que les stocks se trouvaient à la même période l'année dernière à 152 millions de barils plus haut. Ils prévoient que, même avec les augmentations de production de l'OPEP tels que nous les avons décrites plus haut, les stocks devraient descendre dès ce trimestre en dessous de la moyenne des 5 dernières années à leur niveaux minimum..

Fig11.gifCe graphique montrent l'évolution des stocks commerciaux de l'OCDE en terme de jours d'approvisionnements. On peut visualiser clairement la baisse importante prévue dans les mois qui vont venir.

Pourquoi les prix du pétrole son si haut?

Le rapport "Short Term Energy Outlook" propose un supplément qui répond à cette question "Pourquoi les prix du pétrole sont si haut?", ce qui en effet peut intéresser du monde...
Ce supplément est assez intéressant bien qu'on n'y apprenne pas de choses incroyables.

Ils reviennent sur la montée des prix du WTI ces dernières années :
2003 : en moyenne 31$
2005 : en moyenne 57$
2006 : en moyenne 66$
et octobre 2007 : en moyenne 85$ avec un plus haut à 90$ vers la fin du mois.

Ensuite, l'USEIA donne 6 raisons à cette hausse et explique en substance qu'ils ne croient pas que fauteurs de troubles soient les spéculateurs et autres entités financières mais que les raisons sont dûes à des fondamentaux du marché.

Voici les 6 raisons invoquées :
1) Une croissance économique mondiale forte provoquant une forte augmentation de la consommation de pétrole.
2) Une croissance modérée de la production non-OPEP
3) Les décisions de production des membres de l'OPEP
4) La faiblesse de la capacité supplémentaire de l'OPEP
5) L'étroitesse des stocks de l'OCDE
6) Le goulot d'étranglement du raffinage mondial
7) Les risques géopolitiques et les inquiétudes sur les possibilités d'approvisionnements

Je développerai mieux ces six facteurs demain. C'en est assez pour aujourd'hui.

PS : les stocks de pétrole brut n'ont baissé que de 800 000 barils la semaine dernière, ce qui devrait maintenir les prix, voir les conduire légérement vers le bas d'ici fin de semaine, donc la barre de 100$ n'est peut-être pas encore pour demain matin...

Emmanuel Broto.






Publié dans News

Commenter cet article

boris 13/11/2007 22:40

Au besoin, d'autres chiffres publiés par PLATTSici : http://www.prnewswire.co.uk/cgi/news/release?id=212724l'original ici : http://www.platts.com/Oil/Resources/News%20Features/opec/prod_table.xml

fossiliste 07/11/2007 23:07

à la une LONDRES (AFP) - 07/11/07 22:17Le pétrole bat encore des records, les 100 dollars de plus en plus près voir tous les articlesLes prix du pétrole ont encore battu de nouveaux records mercredi, s'arrêtant tout près de 99 dollars à New York, ce qui laisse entrevoir un possible passage des 100 dollars le baril dans les prochains jours.Le baril de brut a marqué une pause dans son ascension vers le seuil symbolique des 100 dollars mercredi, après la publication d'un recul moins marqué que prévu du niveau des réserves pétrolières américaines.Sur le New York Mercantile Exchange (Nymex), le baril de "light sweet crude" pour livraison en décembre a cédé 33 cents à 96,37 dollars à la clôture par rapport à mardi.Il s'est arrêté à moins de deux dollars du seuil des 100 dollars lors des échanges électroniques de pré-séance à 98,62 dollars.Sur l'Intercontinental Exchange de Londres, le baril de Brent de la mer du Nord pour la même échéance a fini stable à 93,24 dollars (-2 cents).Il a aussi établi en séance un nouveau record absolu à 95,19 dollars."Le marché connaît une certaine hésitation: les chiffres des stocks aux Etats-Unis montrent une légère baisse, qui est due à la perturbation de la production dans le Golfe du Mexique (où se trouvent plusieurs infrastructures pétrolières ndlr) la semaine dernière. Donc si on n'avait pas eu cet incident les réserves auraient peut-être rebondi", a expliqué Antoine Halff, analyste à la Fimat.La frénésie des cours de l'or noir reposait depuis lundi sur des spéculations, indiquant une forte diminution du niveau des stocks américains, qui intervenait dans un contexte général de craintes sur l'offre face à l'explosion de la demande.Or le département américain à l'Energie a pris le contre-pied du marché mercredi en annonçant un recul de seulement 800.000 barils de stocks de brut, quand les analystes s'attendaient à 1,7 million de barils.Particulièrement observés avec l'arrivée de l'hiver, les stocks de produits distillés (gazole et fioul de chauffage) ont même progressé de 100.000 barils à 135,4 millions de barils, alors que les analystes tablaient sur une baisse de 800.000 barils.Mais l'environnement reste de façon générale propice à une nouvelle progression des prix.Le dollar, monnaie dans laquelle est vendu le pétrole, poursuit sa chute face à l'euro. Il a enfoncé un nouveau plancher historique mercredi en descendant à plus de 1,47 dollar pour un euro. Un dollar faible rend le pétrole bon marché pour les investisseurs hors zone billet vert et accroît indirectement l'intérêt pour l'or noir en attirant notamment les fonds spéculatifs.L'équilibre déjà fragile entre l'offre et la demande de pétrole pourrait encore souffrir: le département américain de l'Energie a indiqué mardi que les stocks de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) sont tombés à leur plus bas niveau depuis 5 ans.A contrario la demande énergétique mondiale devrait bondir de 55% d'ici 2030, tirée par la Chine et l'Inde, selon l'Agence internationale de l'énergie (AIE). 10 foisAjouter cet article à votre site internet Permalien :Le pétrole bat encore des records, les 100 dollars de plus en plus près" type="text" /> BB Code :voir : toute l'actu en vidéo  *