L’édifiante histoire de Petrus Oleum

Publié le par makhnovitch


En 1809, une délégation d’éminents scientifiques de Saint-Petersbourg fut dépêchée à Bakou par le tsar de toutes les Russies pour juger de l’intérêt d’une matière visqueuse et noirâtre, nommée petrus oleum qui suintait de certaines roches.

Ces scientifiques conclurent doctement leur rapport en indiquant que « le pétrole est un liquide minéral dépourvu de toute utilité. De par sa nature, c’est un liquide gluant et nauséabond. Le pétrole ne peut être employé d’aucune façon, sauf à lubrifier les roues des charrettes indigènes. »

Cinquante ans après, à Titusville, en Pennsylvannie, le colonel Drake fut plus avisé lorsqu’il fora en 1859 le premier puits de pétrole dont le modeste débit était de 10 barils par jour.

Un siècle et demi plus tard, toute l’économie mondiale repose sur cette huile miraculeuse dont nous consommons 85 millions de barils par jour. Sans pétrole, notre système alimentaire et notre chimie s’écroulent. Sans pétrole, notre mobilité se réduit drastiquement : nous sommes en France pétro-dépendants à 98% pour nos déplacements.

Mais que représentent, très concrètement, des millions de barils par jour, ou des milliards de barils de réserves ? Imaginez un gros réservoir cubique de 7 kilomètres de côté : c’est l’équivalent de ce dont la Terre nous a pourvus en pétrole récupérable dans des conditions économiques raisonnables. Nous en avons déjà consommé la moitié, et nous continuons à le vider avec un débit de 150 m3 par seconde. Notre consommation de pétrole, c’est comme si, en permanence, jour et nuit, 900 000 automobilistes se servaient ensemble à une gigantesque station service alimentée par ce réservoir.
La nature a mis 150 millions d’années à fabriquer ces merveilleuses molécules. Nous auons mis 150 petites années à les brûler, en rejetant ce carbone dans l’atmosphère, modifiant durablement notre climat. La combustion de pétrole accroit le réchauffement des océans, et dons favorise la formation d’ouragans tropicaux qui viennent se déchainer sur les plates formes pétrolières off-shore …

Au fait, savez-vous d’où vient le terme baril ? ce nom vient de l’utilisation de tonneaux de vin de 190 litres dans les champs pétrolifères en Pennsylvannie. Transportés par bateau, les tonneaux n’étaient remplis qu’à 42 gallons du précieux liquide, soit 159 litres, pour éviter tout débordement. Au pied des derricks, le pétrole remplaça donc le vin, et les hommes s’énivrère, non plus de liqueur dyonisiaque, mais d’or noir, à en perdre la raison et le climat.
Il y a cependant une limite à notre enivrement collectif : lorsqu’il ne restera plus que quelques gouttes de petrus oleum, nous pourrons encore graisser nos roues de charrettes !

Vincent Schwander


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