Quand Total, BP, Conoco et l'AIE crachent le morceau...

Publié le par makhnovitch

Ces deux dernières semaines, les pétroliers et l'Agence International de l'Energie ont fait des déclarations qui tranchent franchement avec ce qu'on avait l'habitude d'entendre.

Jerôme à Paris a retracé ces déclarations sur European Tribune et l'article a été repris et  augmenté sur Energy Bulletin et Oil Drum et Daily Kos.

Le 31 octobre 2007, le baril de Sweet Light Crude à New York atteignait un nouveau record à plus de 94$ le baril après trois semaines durant lesquelles le baril avait battu record sur record. Cette montée vertigineuse a continué début novembre puisque le baril a atteint 98,7$ la semaine dernière.

Déclaration de Christophe de Margerie
relaté par Financial Times 
31 octobre 2007

Mais ce 31 octobre 2007, les pétroliers ont commencé à sortir de leur réserves. C'est le PDG (CEO en anglais) de Total qui a commencé le premier à se mettre à table. Un article est sorti sur le Financial Times mais je n'ai pas trouvé d'article sur ces déclarations dans Le Monde (tiens donc...).

La déclaration de Christophe de Margerie a été faite lors d'une conférence à Londres appelée "Oil and Money" au cours de laquelle, apparemment, il a été question de limites de production...

Voici ce qu'il a déclaré : "100 millions de barils par jour est maintenant de mon point de vue un scénario optimiste."

l'AIE prévoit que la production mondiale de pétrole atteindra 116 mb/j en 2030 et l'USEIA fait le pronostic de 118 mb/j d'ici 2030. Mais le PDG de Total dit aujourd'hui qu'il sera difficile d'atteindre un jour les 100 mb/j.

Il explique que :"Ce n'est pas mon point de vue mais le point de vue de l'industrie, ou le point de vue de ceux qui veulent parler clairement, honnêtement, et pas...pour juste faire plaisir aux gens."

Ensuite, il explique quand même que le problème ne vient pas du manque de réserves mais de la capacité de l'industrie à produire assez vite, notamment au sein des pays riches en pétrole.

Il déclare que "Nous avons été tous trop optimiste avec la géologie. Pas en terme de réserves mais en terme de la manière de développer ces réserves : combien de temps cela prend et combien avons nous réellement besoin."

Il rejoute que l'industrie n'avait pas compris que les pays riches en pétrole voulaient préserver leur meilleurs gisements en laissant les plus difficiles et les plus petits aux investisseurs étrangers. Dans de nombreux pays, l'Irak, le Nigéria et le Vénézuela, des problèmes politiques et de sécurité soustraient des approvisionnements et il y a de grandes incertitudes sur les prévisions de production.

Après cela, il revient sur les 100 mb/j : "100 millions de barils par jour est difficile, parceque dans les 100, nous avons déjà intégré les quantités additionnelles de l'Irak, du Vénézuela et du Nigéria; nous avons intégré des quantités additionnelles de partout. Et nous savons aujourd'hui que ces développements ne sont pas en cours de réalisation."

Thierry Desmarest, qui était le prédecesseur de Christophe de Margerie à la tête du groupe Total jusqu'à l'année dernière, avait fait sensation quand il avait dit qu'il prévoyait que la production pétrolière mondiale devrait atteindre un pic autour de 2020. En cela, il rejoignait l'IFP et ASPO France, comme l'a dit Mr Bauquis lors de la conférence de l'ASPO à Cork en septembre. Il est certain que cette déclaration était beaucoup plus pessimiste que les autres entreprises internationales. Mais le 31 octobre 2007, De Margerie s'est engagé encore plus loin.

Dans l'article de Financial Times, l'auteur fait remarquer que Total, qui fait maintenant partie des 5 premières entreprises pétrolières internationales au monde (the Big Five) était celle qui connaissait la plus grosse croissance de sa production bien qu'ils aient été obligé d'abaisser dernièrement leurs prévisions de croissance de production.

FT rappelle aussi que Rex Patterson, le président de Exxon-Mobil, la plus grande compagnie pétrolière internationale au monde, avait déclaré cette année à FT qu'il pensait que les sources de production en dehors de l'OPEP "pourraient croitre encore un peu (a little more growth)" et devraient très prochainement stagner (level off).

Ici, je reviens sur le graphique publié par Energy Watch Group le 20 octobre sur la production des majors juste pour se rappeler qui sont les 8 majors : ExxonMobil, Shell, BP, Total, Chevron, Repsol, Eni, Conoco-Phillips. Ces huit majors produisent actuellement environ 13 mb/j.

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Déclaration du PDG de Conoco-Phillips
jeudi 8 novembre 2007

La semaine dernière, ce sont deux autres PDG de grandes compagnies pétrolières, la Conoco-Phillips et BP, qui ont craché le morceau ainsi que  l'économiste en chef de l'AIE dans un entretien avec (encore) le Financial Times suite à la publication du World Energy Outlook 2007 (WEO 2007) de l'AIE.

Un article de CNN-Money relate ces événements.

James Mulva, le PDG de Conoco-Phillips, déclara à un conférence à New-York le jeudi 8 novembre 2007, qu'il doutait que les producteurs de pétrole soient capables de satisfaire les prévisions à long terme de croissance de production. En cela, ils faisaient référence aux prévisions de production de 116 mb/j par l'AIE et 118 mb/j par l'USEIA. 
Comme le PDG de TOTAL une semaine avant, il déclara qu'il ne croyait pas la production puisse un jour dépasser la barre des 100 millions de barils par jour. Il dément donc publiquement les projections de l'AIE et de l'USEIA.

Nous en sommes actuellement à une demande entre 86 et 88 mb/j. Si la progression de la consommation continuait sur sa pente actuelle, ce qui semble peu probable, la barre des 100 mb/j n'est si loin que cela. La barre des 90 mb/j serait atteinte d'ici 2009, des 95 mb/j d'ici 2012 et des 100 mb/j d'ici 2015. Par conséquent, dire que la barre des 100 mb/j ne sera pas atteinte signifie en d'autres termes que le pic pétrolier n'est plus très loin.

Voici ses mots  : "la demande va monter, mais elle sera contrainte par la production. Je ne pense que nous irons plus loin que 100 millions de barils par jour et la raison est celle-ci : d'où est-ce que tout ceci proviendra?"

Dans cet article, il est noté que Mulva avait déjà déclaré que la barre des 100 mb/j ne pourrait être dépassé en mars lors d'une conférence de l'industrie pétrolière.

Au cours de la conférence de l'ASPO à Cork en septembre,  Ray Leonard de Koweit Energy  Corporation avait fait une présentation sur  certaines conclusions d'une conférence réservé uniquement à l'industrie pétrolière en novembre 2006, la conférence de Hedberg. Il avait notamment montré un graphique et évoqué le fait que l'industrie était parvenu au consensus que la barre des 100 mb/j constituait une limite indépassable aux environs de 2015 avec un plateau jusqu'en 2020. Il semble maintenant que les pétroliers sont en phase d'annonce public des ces résultats.

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Déclaration du PDG de BP
jeudi 8 novembre 2007

Maintenant, passons au nouveau PDG de BP, Mr Tony Hayward. Il prédit que les prix devraient rester dans la tranche de 60-80$ et qu' "il était très clair que l'ère de l'énergie pas cher était derrière nous sur le moyen terme." Il ne précisa pas combien de temps durait le moyen terme. Ensuite, il déclara que "environ la moitié du pétrole a été extrait" mais que les techniques de recouvrements (les EOR : Enhanced Oil Recovery) permettrait de continuer à croitre, "la plus grande source de nouveau pétrole viendra d'un meilleur recouvrement."

Petit aparté sur le taux de recouvrement

Il est peut-être necessaire d'expliquer à ceux qui ne s'y entendent pas très bien en techniques pétrolières ce que signifie "meilleur recouvrement". Dans les gisements, l'industrie est capable d'extraire une certaine quantité de pétrole par  rapport à ce qu'il se trouve dans le sou-sol. Ce pourcentage peut aller de 5% à 95% suivant la géologie du gisement, si il est fracturé ou non. Ainsi, il reste toujours du pétrole dans les gisements qui n'est pas extrait et les technoscientistes veulent faire croire qu'avec la technologie (EOR), il va être possible de pouvoir extraire plus de pétrole relativement à ce qu'il y a réellement dans le sous-sol. C'est ce qu'on appelle améliorer le taux de recouvrement (Oil Recovery).

Jean laherrère l'explique un peu dans l'entretien que nous avons eu à Cork. Mais pour ceux qui veulent creuser ce point crucial, utilisé souvent  par les compagnies pétrolières pour faire croire que la technologie va tout résoudre, je leur conseille de lire les travaux de jean Laherrère sur ASPO France. Il explique très bien dans son papier, en anglais, "Uncertainty of Oil and gas supply" que les techniques EOR ne permettent pas d'améliorer le taux de recouvrement, c'est-à-dire d'extraire plus de pétrole, bien au contraire, mais abiment le gisement et provoquent l'inverse sauf dans des cas particuliers.

On peut aussi facilement montrer que l'emploi des techniques EOR, surtout après le pic, n'ont jamais fait reculer le pic mais seulement limiter le taux de déclin pour un temps avant d'entraîner une accélération dramatique des taux de déclin vers la fin de l'exploitation.

Les meilleurs exemples sont ceux des USA et de la Mer du Nord qui ont atteint leur pic de production respectivement en 1970 et 2000 malgré l'emploi de la meilleur technologie qui existe. 

Retour à Mr Hayward

L'important dans la déclaration de Mr Hayward n'est donc pas la fait qu'il croit aux EOR mais qu'il affirme que la moitié des réserves viennent d'être extraite dans le monde! Il est considéré que le pic pétrolier survient quand la moitié des réserves ont été extraite et que les deux événements coincide à peu près en régle général. Aussi, dire que la moitié des réserves ont été extraite signifie en d'autres termes que le pic pétrolier est très proche.
Selon Jérome, dan son article, c'est la première fois qu'un PDG de compagnie pétrolière dit que la moitié des réserves ont été extraites.

Cependant, officiellement, il rejette l'idée du pic pétrolier. Il ne faut pas trop lui en demander. Il refuse de dire que les prix resteront haut de manière permanente et il ne donne pas de plafond de production, évoquant la possibilité d'une croissance par les technologie de recouvrement. Il est donc moins pessimiste que le PDG de Conoco.



Interview de l'économiste en chef
de l'Agence Internationale de l'Energie,
Fatih Birol,
par le Financial Times
7 novembre 2007

Jerome, dans son article pour European Tribune, note que les déclaration précédentes représentent de la petite bière comparée à l'entretien de Fatih Birol pour le Financial Times (FT).

Il donne un résumé de ce que dit Fatih Birol :

- Nous avons dépassé le pic de production non-OPEP.

- l'OPEP a officiellement d'immenses réserves mais nous ne savons pas si elle existent réellement.

- Même si tous les investissements prévus sont faits et tous les projets sont dans les termps, il va manquer 12,5 mb/j d'ici 2015 pour satisfaire la demande car il faudra ajouter 37,5 mb/j de nouvelles productions dans les 7 ans qui viennent du fait du déclin des gisements actuellement en production (25 mb/j) et de l'augmentation de la demande (12,5 mb/j).

- Ceci n'est qu'un des deux problèmes liés à l'énergie avec le changement climatique et ce dernier est de loin le pire.

Cet entretien fait suite à la publication du très important rapport annuel de l'AIE, le "World Energy Outlook 2007" (WEO 2007). Rapport que je n'ai pas acheté.


Dans l'entretien, la première question de Ed Crooks du FT cite une phrase du WEO 2007: "la croissance de la consommation énergétique mondiale pose une réelle et croissante menace sur la sécurité énergétique mondiale."

Fatih Birol répond ceci : "Il y a deux messages majeurs que je veux faire passer dans ce livre. le premier est exactement ce que vous dites. Les risques sur la sécurité énergétique sont trop importants, et probablement en augmentation, pour un mouvement haussier sur le marché. Et le second est sur le changement climatique, sur les émissions de CO2, elles sont en train d'atteindre un tel niveau que nous nous dirigeons vers un processus irréversible pour notre planète. Pour la sécurité énergétique, nous pourrions avoir des ruptures d'approvisionnements, des implications considérables pour l'économie mais l'économie mondiale pourra s'en remettre. Nous pourrions atteindre des prix a un niveau tel que les gens devraient ajuster leur niveau de vie. Mais sur le changement climatique, en termes de température de notre planète, si cela atteint un certain niveau, les implications pour notre planète et les êtres humains, les animaux et les plantes et tout, ces implications sont irréversibles. Aussi, il y a deux problèmes majeurs dans ce livre, et quand vous regardez l'évolution du changement climatique, et  l'évolution des émissions de CO2, elles sont très, très inquiétantes, spécialement sur le fait qu'il y a des pays qui ne font pas beaucoup,  la Chine et l'Inde, leurs émissions de Co2 sont en train d'exploser. (...) Si nous ne faisons rien rapidement, et d'une manière énergique, les rouages vont s'affaisser ("the wheels mays fall off"). Les rouages de notre système énergétique pourraient s'effondrer."

Le WEO 2007 se concentre spécialement sur la Chine et l'Inde. Cependant, je met l'accent sur le fait que la consommation énergétique par habitant reste encore très très faible en Chine et en Inde et l'OCDE, dont justement l'AIE est le digne représentant,  consomme quand même les deux-tiers de l'énergie dans le monde alors que sa population représente à peu près le même nombre que les chinois. Cependant, la croissance actuel de la production vient principalement des ces géants et non de l'OCDE.

ED Crooks lui demande de préciser sa phrase "
the wheels mays fall off".

Voici ce qu'il répond : "Sur la sécurité énergétique, sans parler des prix, juste les nombres, il ne faut pas être un grand expert en énergie ou quoi que ce soit : ce sont juste des mathématiques. Je peux vous dire que, dans les sept à huit prochaines années, nous aurons besoin de mettre sur le marché environ 37,5 millions de barils par jour, pour deux raisons.  La première, la croissance de la demande, compte pour environ un tiers du total, et les autres deux tiers, c'est pour le déclin des gisements existants qu'il faut bien compenser. Ce que nous avons fait est que nous avons regardé tous les projets au sein des pays de l'OPEP et non-OPEP, tous les pays producteurs du monde, les 230 projets pétroliers, gisement par gisement, pour savoir combien de pétrole ils pourraient apporter au marché pour les 5 à 7 prochaines années. Et ce sont des projets qui sont financiérement rentables. Si ils voient le jour en temps et en heure, ils apporteront environ 25 millions de barils par jour. Par conséquent,  37,5 million de barils par jour d'un côté, ce qui est nécessaire, et ce que nous prévoyons est 25 million de barils par jour, et cela dans le cas ou il n'y a pas de retard, pas délais supplémentaires dans les projets, que tout arrive comme prévu, ce qui est très rare. Avec tout cela, il manque 13,5 million de baril par jour."

Refaisons les calculs de Mr Birol. Actuellement, en 2007, la production est de 85 mb/j. Il dit qu'en 2015, la consommation sera de 97,5 mb/j (+12,5 mb/j). Il dit aussi que la production des gisements actuellement en exploitation devrait décliner de 25 mb/j d'ici 2015. c'est à dire que la production de ces gisements devrait passer de 85 mb/j en 2007 à 60 mb/j en 2015 ! J'ai donc
fait le calcul du déclin que cela implique : 30% en l'espace de 8 ans, on tombe sur 4,36% par an.

Continuons l'analyse des chiffres qu'il vient de donner. Il dit que les projets prévus d'ici 2015, dans le meilleur des cas, ne pourront apporter que 25 mb/j de plus.

Conclusion: ces projets ne pourront que compenser que le déclin des gisements existants et en aucun cas satisfaire la croissance de la demande !

Donc, selon les chiffres que Mr Birol a donné dans cet entretien, la production mondiale sera au mieux au même niveau en 2015 qu'en 2007 ! Mais comme il le dit, les projets vont avoir du retard et donc, il est très très peu probable que les nouveaux projets puissent donner 25 mb/j. Donc, la production mondiale en 2015 sera inférieure à celle de 2007! Donc, le pic pétrolier est pour très bientôt et toute croissance prochaine sera très vite annulé puisque la production mondiale sera plus basse en 2015 qu'en 2007.

Conclusion : Selon les chiffres de Mr Birol, le pic, c'est pour maintenant ou pour très très bientôt, sûrement pas plus tard que 2010- 2012. Cela rejoint les projections de l'ASPO...

Plus loin dans l'entretien, Fatih Birol parle d'un déclin de 3,7% par an.

"EC :Je pense que vous faites référence à un graphique, c'est un taux moyen global de déclin de 3,7% par an, est-ce juste?
FB : Pourrais-je juste dire quelque chose. C'est très important que tous vos collègues comprennent. J'ai mentionné cela au cours de la conférence "Oil and Money" (à la fin octobre). Les gens mélangent deux choses. La première est le taux de déclin naturel et l'autre le taux de déclin observé. La nature du taux de déclin est que tout décline, et nous utilisons l'hypothèse que le taux global est de 7 %, mais si vous injectez de l'argent dans un gisement donné, vous pouvez ralentir la nature du déclin, et vous pouvez faire que le déclin soit moins prononcé, et il arrive à 3,7%." 

Cet entretien est vraiment une mine d'or. Il estime donc que le taux de déclin observé des gisements est de 3,7%. çà, c'est soi-disant le déclin observé. Sa phrase "mais si vous injectez de l'argent dans un gisement donné, vous pouvez ralentir la nature du déclin" est assez fabuleuse et pleine de sens parceque, pris dans un sens littéral, cela n'a justement pas beaucoup de sens. Mais cela reflète la façon de réfléchir de ce monsieur et de ses collègues économistes. Il suffit d'injecter de l'argent dans un puit pour qu'il produise plus, c'est-à-dire utiliser les techniques avancées de production (les EOR). Mais Jean Laherrère a démontré que cela ne marchait pas, manque de bol, ou plutôt que cela marchait mais au prix d'une chute brutale de la production par la suite.

Si on utilise le taux de 7% par an, la production actuelle "sans ajout d'argent dans les gisements" descendrait à 47,5 mb/j en 2015! Ce qui ferait un déclin de 42,5 mb/j en 8 ans.

Mais en faisant le calcul année après année avec le taux de déclin de 3,7% à partir de 85 mb/j en 2007, on arrive à 63 mb/j en 2015, c'est-à-dire que le déclin ne serait en fait que de 22 mb/j et non 25 mb/j. Donc il y a quand même une certain incohérence des chiffres ici puisque comme nous l'avons vu plus haut, le déclin de 25 mb/j d'ici 2015 signifie un taux de déclin annuel de 4,36%. Pour qu'une chute de production de 25 mb/j entre 2007 et 2015 corresponde à un taux de déclin de 3,7%, il faudrait que la production soit de 96 mb/j en 2007. Elle tomberait alors à 71 mb/j. Tout ceci n'est pas très logique. Si quelqu'un a une idée, qu'il le fasse savoir. Evidemment, avoir sous les yeux le WEO aiderait à y voir plus clair.




Mais revenons au point de l'entretien où nous l'avons laissé à la phrase "Avec tout cela, il manque 13,5 million de bail par jour."

Ed Crooks tente d'expliciter les propos qui viennent d'être tenu.

"EC : le manque de cette taille (13,5 mb/j) émergera d'ici combien de temps?
Fatih Birol : Au cours des sept prochaines années. Donc, si ce manque ne peut être compensée (...), nous finirons avec un choc pétrolier provoquant une escalade des prix. C'est ce que j'insinue quand je dis "les rouages vont tomber" (the wheels may fall off"). Quelles sont les deux manières de remédier à ce problème? D'un coté, ce que nous pouvons faire est que, dans les pays de l'OCDE, en Chine et en Inde, nous pouvons essayer de ralentir la croissance de la consommation, avec plus d'efficacité energétique, plus d'agrocarburants et d'autres moyens. Bien sur, il y a des difficultés, mais juste pour vous donner la dimension du problème, c'est une solution : ralentir la croissance de la consommation dans les pays de l'OCDE, la Chine et l'Inde. D'un autre côté, nous avons besoin de plus d'investissements qui proviennent des pays producteurs. Premièrement, ils doivent suivre les projets qu'ils ont déjà prévus mais plus, nous avons besoin de plus d'investissements de la part de ces pays. Si cela ne fonctionne pas, si la combinaison de ces deux solutions ne fonctionnent pas, alors nous pourrions avoir des problèmes spéciaux sur les marchés. C'est ce que je veux dire quand je dis "the wheel mays fall off", nous pourrions finir par voir des prix très haut, qui auraient des implications sur l'économie mondiale, et sur d'autres parties de notre système."


Donc, deux solutions évidentes : faire baisser la demande et faire monter la production. Logique. Il semble que Birol ouvre la voie à des propositions prochaines de l'AIE envers la Chine et l'Inde pour établir des mesures conjointes de réduction de la consommation de pétrole. C'est ce que j'insinuais dans mon article hier
L'incroyable incapacité de prévision de l'USEIA.

Côté production, je crains que Mr Birol soit déçu à l'avenir car je crois bien que tout le monde fonctionne à plein régime et même si certains protègent leur meilleurs ressources pour leurs compagnies nationales, cela n'ira pas chercher bien loin. De plus, le taux de déclin devrait accélérer du fait de l'utilisation de plus en plus massive des EOR.

Après que signifie "problèmes spéciaux sur les marchés" pour Mr Birol? Cela n'est pas explicité. 

Le prix et la demande

Ed Crooks demande:
"Quand vous dites, très, très haut prix, qu'est ce que cela signifie? Cela signifie que les prix doivent être assez haut pour étoufer la demande? Quel prix va alors mettre à l'équilibre l'approvisionnement et la consommation?

Fatih Birol répond à cette question bigrement énorme :

"
Le problème que nous avons avec la demande maintenant est le suivant. Il y a trois centres majeurs de croissance de consommation à l'heure actuelle, la Chine, l'Inde et le Moyen-Orient.  Quand vous regardez les chiffres des sept derniers trimestres, 70%  du pourcentage  de croissance de la demande  mondiale vient de la Chine et de l'Inde, suivi par le Moyen-Orient, et dans ces trois régions, pour différentes raisons, les prix du pétrole n'ont pas d'effet immédiat sur la demande.
La Chine et l'Inde pour deux raisons.
La première, l'économie croit si fortement, que l'effet du prix est complétement insignifiant, comparé à l'effet économique. Leur économie croit. Leur poches deviennent de plus en plus remplies, et peut-être qu'une portion de richesse plus importante va de leur poches vers les dépenses en pétrole, mais comme l'économie grandit fortement, cela n'a pas grand effet.
La seconde raison est que, spécialement en Chine et et Inde, il y a des subventions singificatives sur les prix des produits pétroliers. Selon nos analyses, au sein de ces deux pays, chaque année, 15 milliards de dollars vont à des subventions aux produits pétroliers, qui filtrent l'effet sur les consommateurs.
Ensuite, vient le Moyen-Orient. Encore ici, la hausse des prix dans ces pays n'a pas beaucoup d'effet, parceque l'effet des rentrées d'argent (issues de la vente du pétrole) est bien plus important, et en plus, le prix des produits pétroliers est très lourdement subventionné.
Alors que la croissance de la demande ne vient plus des pays de l'OCDE, où les forces du marché agissent. Par conséquent, il est vraiment difficile d'imaginer, même avec des prix élevés comme cela, que nous allons avoir un effet majeur sur la consommation. Donc, la demande va continuer à croitre, et , je pense, si les gouvernements de l'OCDE, de la Chine, et de l'Inde,  laissent tout au marché, en termes de ralentissement de la demande, ils feront  une faute historique.  Avec l'ajustement des prix à la demande, nous avons besoin de mesures de régulation, tels que des  améliorations de l'éfficacité au sein des marchés."


Au cours de la conférence de l'ASPO, le directeur du service "marchés mondiaux" de HSBC, Jeff Rubin, a montré des graphiques sur la concentration de la demande au sein des pays exportateurs. La montée des prix ne touchent en fait que très peu l'Inde, la Chine, les pays du Moyen-Orient et la Russie, dont Birol ne parle pas curieusement. Aussi, on est dans des beaux draps parceque si cette situation se poursuit, les exportateurs vont se retrouver avec plus de demande que de production. Ils vont alors pouvoir choisir à qui vendre leur pétrole. Les enchères vont monter. Les stocks vont baisser en OCDE et les pénuries vont commencer dans les pays dépourvus de pétrole mais la demande va continuer à croitre ! Donc un cercle vicieux va se mettre en place qui va provoquer une montée inexorable des prix qui va faire surtout baisser la demande au sein de l'OCDE et des pays pauvres dépourvus de pétrole mais pas en Chine, en Inde, au Moyen-Orient, en Russie. Je crois que ce que signifie Birol quand il parle "d'améliorations de l'éfficacité au sein des marchés", c'est justement que le mécanisme du marché libérale, ajustement des prix en fonction de l'offre et de la demande, ne s'applique qu'au sein de l'OCDE et pas aux autres, pouvant engendrer le fait que la limitation de la demande sera contrasté dans le monde et que l'OCDE risque d'en payer le prix fort, et d'autant plus fort que la croissance continuera au sein des autres pays très fortement consommateur.


Illustration graphique de Jeff Rubin, de HSBC

Voici trois graphiques que Jeff Rubin a montré à Cork et qui illustre les propos de Birol.

Commençons par le prix de l'essence dans diverses pays et notamment au Moyen-Orient. Le graphique est très clair. Le prix est en $ par gallon (3,6 litres).

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Ensuite, il montre la croissance de la production dans trois pays du Moyen-Orient comparé à l'OCDE entre 2001 et 2006. La consommation a augmenté de 7% par an sur la période. Est-ce aussi dû à la guerre en Irak. Bien possible.

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Dans ce graphique, Jeff Rubin montre en terme absolu la consommation comparé entre les pays de l'OCDE et la Chine et les producteurs de pétrole (Russie, OPEC et Mexique).
les producteurs consomment plus que l'Europe de l'Ouest dans ce graphique.

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Le prix jusqu'à combien?


Par la suite, Fatih Birol explique que dans le cas où la croissance économique de la Chine et de l'Inde se poursuivait au rythme actuel ou légérement inférieur, 8% par an, dans les 10 ans à venir,  il pense que les prix resteront au niveau actuel autour de 87$ dans les 10 prochaines années. Cela correspond au scénario de forte croissance de l'AIE dans sonr WEO 2007. A la question de savoir si il est possible de dépasser le niveau record ajusté à l'inflation, datant de 1980, qu'il situe à l'heure actuelle à 110$, Fatih Birol répond que c'est possible si nous ne faisons rien pour arranger la situation comme il l' expliqué plus haut. Il explique que la moyenne des prix de l'année 2007 est pour l'instant de 68$ même si le prix est actuellement de 90$. Aussi, il pourrait monter en moyenne annuelle aux environs de 90$.

Le risque de récession mondial

Continuant sur le fait que Birol vient de confirmer le risque que les prix dépassent le record absolu ajusté à l'inflation de 1980, Ed Crooks demande :

"EC : Quand le pétrole se trouvait à 110$ en termes réels au début des années 80, nous avions un très sérieuse récession globale. Est-ce qu'il y a un risque réel à nouveau?
FB : Définitivement un risque, et nous sommes nous dirigeons vers ce risque. La véritable raison pour laquelle nous n'en sommes pas loin est que la croissance du système économique mondiale ne se situe maintenant pas seulement au sein des pays de l'OCDE, où l'économie et la demande sont directement affectées par la hausse des prix, mais nous avons la Chine, l'Inde et le Moyen-Orient, et la chose qui est très importante à noter est que la croissance économique de la Chine n'est peut-être, comme beaucoup de gens le pense, plus aussi couplé à la croissance économique des USA.(...)Il y a le commerce etc, mais nous voyons certains signes de découplage et le support de la croissance vient de la dynamique interne de l'économie chinoise, et du commerce avec les autres économies asiatiques. Juste pour donner un exemple, nous avons eu la crise des subprimes,  et quand tous les marchés financiers ont commencé à être agités, le marché financier de Shanghai était toujours en train de monter, et la performance du marché financier de Shanghai cette année est impressionante, il a doublé sa valeur, par rapport au début de l'année alors que dans l'OCDE, le Dow Jones et les autres sont restés plus ou moins stables.
"

La Chine fait peur à l'OCDE, de plus en plus peur à l'OCDE...

La production non-OPEP


"Fatih Birol : Nous pensons que, au sein des pays de l'OPEP, il y a assez de réserves. Nous ne sommes pas sur qi il y a la volonté politique pour faire quelque chose de ces réserves, mais il y a assez de réserves officiellement publié. Cependant, nous sommes plus pessimiste sur la production non-OPEP.

EC: vous donnez 4 million de baril de moins en 2030?

FT : proche de 4, oui. la principale raison, et c'est très important de noter cela, à la différence de l'OPEP, nous pensons qu'il y a des problèmes géologiques dans la zone non-OPEP. Ce n'est pas un problème d'investissement, pas un problème politique, mais plutôt géologique, à cause du déclin très important des pays non-OPEP.

EC : Quelles pays subissent cet effet particulier?

FT : Nous sommes plus pessimistes sur la Mer du Nord, le Golfe du Mexique, les Etats-Unis, le Mexique, ce sont les principaux pays dont nous pensons que des déclins importants vont provenir.

EC :Je pense que vous faites référence à un graphique, c'est un taux moyen global de déclin de 3,7% par an, est-ce juste?

FB : Pourrais-je juste dire quelque chose. C'est très important que tous vos collègues comprennent. J'ai mentionné cela au cours de la conférence "Oil and Money" (à la fin octobre). Les gens mélangent deux choses. La première est le taux de déclin naturel et l'autre le taux de déclin observé. La nature du taux de déclin est que tout décline, et nous utilisons l'hypothèse que le taux global est de 7 %, mais si vous injectez de l'argent dans un gisement donné, vous pouvez ralentir la nature du déclin, et vous pouvez faire que le déclin soit moins prononcé, et il arrive à 3,7%. 

EC : Ok, je comprends la distinction. Ce que je me demande, pour les deux taux de déclins naturel et observé, ils vont être bien plus important au sein des pays non-OPEP?

FT : exactement.

EC : Quels sont les nombres?

FT : Par exemple, pour la Mer du Nord, c'est proche de 20%, (le taux de déclin naturel). dans le Golfe du Mexique, c'est de 11 à 15%. Dans les pays de l'OPEP, c'est beaucoup plus bas et bien sur, dans les régions moins matures, c'est plus, bien plus bas.

EC : Et, le taux observé dans la Mer du Nord est environ de 8%?

FB : 8%, a ce niveau, oui.

EC : Et la même chose dans le golfe du Mexique, ou est-ce un peu moins?

FT : Moins.
"

La production non-Conventionnel

 

"FB : Nous sommes plus optimiste a cause de l'effet du prix et beaucoup de projets vont venir prochainement, (...), les sables bitumineux du Canada, qui est le plus important, devrait atteindre 3 mb/j le plus probablement d'ici 2015, ce qui correspond seulement à 3% de la production mondiale, ce qui est très faible. Aussi, en dépit de ce que beaucoup de gens pensent, je ne croit pas que le pétrole non-conventionnel remplacera un jour le Moyen-Orient."

La politique de l'OPEP

Javier Blas : Nous allons voir le sommet de l'OPEP en Arabie Saoudite, et ils vont préparer la politique de l'OPEP pour les dix prochaines années. Quelles sont les principaux défis de l'OPEP maintenant?

FB : Ce que a besoin l'OPEP, pour mois la chose la plus importante, est d'être capable de lire la marché de la bonne manière. C'est ce qu'ils doivent faire, et je pense que les pays de l'OPEP doivent comprendre que la hausse des prix va aussi toucher l'OPEP, peut-être plus tard, comparé à l'OCDE, mais ils cela touchera aussi l'OPEP et les intérêts éeconomiques de l'OPEP. (...) je pense que le principal défi de l'OPEP est d'avoir un niveau des prix qui apportent des profits suffisants pour eux, de bonnes stimulations pour les investissements, mais en même temps, de prévenir les prix de monter à des niveaux trop élevés.
(...)
FB : Pour l'OPEP, ce qu'ils ont toujours souligné est la sécurité des approvisionnements. Pour rassurer l'OPEP, je peux vous dire ceci. Dans le cas d'un scénario de politique d'alternative au pétrole, qui regarde les politiques et les mesures au sein des pays de l'OCDE, la Chine et l'Inde, si toutes les politiques d'efficacité, d'agrocarburants, de nucléaire et toutes ces choses, si elles sont mises en application demain, la part de marché de l'OPEP et la demande pour le pétrole de l'OPEP continuera à monter. Aussi, le "Call on OPEP", quelle que soit la politique des pays, augmentera. par conséquent, je ne vois pas aucun problème provenant de la sécurité de la demande."


L'Iran

FB : l'Iran se trouve avec des déclins très fort. Nous parlions de la Mer du Nord, du Mexique et d'autres, mais l'Iran est un cas exceptionnel au sein de l'OPEP. Il y a des taux de déclins dans leurs gisements qui avoisinent les 15% par an, et l'Iran a besoin d'argent et de nouvelles technologies pour s'occuper du problème des déclins. L'Iran a besoin de beaucoup d'investissements, mais si oui ou non, l'Iran sera capable de trouver les investissements, dans le contexte politique dans lequel nous sommes, est un autre problème."


Jerôme finit  son article, finit par demander "nous sommes toujours dans un mode pleinement démagogique et déclaratif. Devra-t-on attendre que des pénuries réelles et des queues se produisent pour faire quelque chose?

Certes, nous sommes encore dans des déclarations mais celles-ci sont le prélude à des actions plus concrètes d'ici très peu de temps. Est-ce que celle-ci seront à la mesure de la situation est encore autre chose.

Emmanuel Broto.





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Vincent Schwander 13/11/2007 20:55

bonsoir tout le monde.je suis allé lire l'article originel de Jérôme à Paris. l'un des commentaires qui suivent m' a paru particuièrement justifié, à savoir que si les majors font leur "peak outing", c'est très probablement parce que, leur part de marché production - raffinage se réduisant lentement mais surement depuis le premier choc pétrolier, ca veut dire que leur propre peak oil est désormais atteint, voire dépassé.  je crois que ces gens nous préviennent que ca va mal se passer pour eux, et donc pour nous OCDE. et du coup ton idée, emmanuel, que dans un proche avenir les ressources pétrolières pourraient être fort mal distribuées, comprenons par là abondance maintenue chez les producteurs, pénurie chez les pauvres et l'OCDE, et bien cette idée là me parait très juste.une question : à votre avis, l'augmentation de la consommation de pétrole dans les pays producteurs (OPEP, Mexique, Russie) ressort elle de l'augmentation de leur niveau de vie, ou bien de la nécessité pour eux de booster leur production de pétrole par les EOR qui consomment beaucoup d'énergie ?

laurent S 13/11/2007 17:48

Pour moi une diminution de 30% en 8 ans ne correspond pas à une diminution de 30/8=3.75% par an mais à 4.36% par an. En effet je cherche x tel que 100*x*x*x*x*x*x*x*x=70 soit 100*x^8=70 soit x=0.7^(1/8)=95.64 et 100-95.64=4.36.

makhnovitch 13/11/2007 18:09

En bien  je me suis planté.  Merci pour la correction. Je vais le faire tout de suite. Emmanuel.

jacques grube 13/11/2007 16:54

Après avoir lu vos articles, je me suis concentré sur la recherche du prix à la pompe du petrole en Chine. Les données sont difficiles à trouver.EX: prix d'un litre de gasoil pour un habitant donc exprimé en € et en litre. Pourriez-vous m'éclairer ?

makhnovitch 13/11/2007 17:28

Je n'ai pas l'information. je ne sais pas où l'on peutt trouver l'information.Quoi que je vais me renseigner. Quelques adresses utiles : http://www.theoildrum.com/node/2653http://en.wikipedia.org/wiki/Gasoline_usage_and_pricingEmmanuel.