Le Koweit pourrait atteindre son pic en 2006!

Publié le par makhnovitch

Un article est sorti sur le site Energy Intelligence (www.energyintel.com) sur la question des réserves de pétrole au Koweit.

La question des réserves de pétrole dans les pays de l'OPEP est sujet à beaucoup de supputations car les chiffres données publiquement sont reliés à la question des quotas. En effet, depuis les années 80, les quotas de production des pays de l'OPEP sont indexés sur les réserves déclarées entraînant la perte de pertinence des chiffres officielles.

Ainsi, le Koweit ,qui fut le premier pays à jouer à ce petit jeu en 1985, annonce officiellement des réserves de 99 milliards de barils. Ce chiffre n'a pas changé depuis de nombreuses années. La question de savoir combien resterait réellement de pétrole dans son sous-sol est un secret bien gardé.

Pourtant, des informations au mois de décembre avaient filtré sur l'état du principal gisement koweitien, Burgan, comme quoi il se trouvait en déclin.

Cet article qui s'appuie sur des informations provenant de Kowait Oil Co., donc de première source, permet d'y voir plus clair sur ce qu'il reste vraiment au Koweit.

Pour commencer, selon cet article, il reste la moitié des réserves annoncées au Koweit, c'est à dire 48 milliards de barils au lieu de 99 milliards de barils!

Mais, le pire, c'est que 48 Gb correspond aux réserves prouvées et non-prouvées!

je m'arrête un instant pour définir ce que sont les réserves prouvées et non-prouvées.
les réserves prouvées sont les réserves sur lesquelles on est sûr à 95% de les trouver.
les réserves non-prouvées comprennent les réserves probables et possibles.
les réserves probables sont celles qui ont 50% d'être effectivement trouvées.
les réserves possibles sont celles qui ont 5% d'être trouvées.
Historiquement, l'exploitation d'un gisement tombe en principe sur le chiffre des réserves probables, c'est à dire à 50% de chance d'être trouvées.

Dans cet article, on a accès à des chiffres seulement pour les réserves non-prouvées donc pour les chiffres qui comprennent les réserves probables et possibles cumulées.

Voici ce qui est donné :

Sur les réserves prouvées et non-prouvées de 48 Gb, seulement 24 Gb sont prouvées donc 25% des chiffres officielles!

Il est sidérant de voir que les koweitiens ne peuvent pour l'instant que sur 25% des réserves qu'ils annoncent! On peut se demander quelle est la situation des autres.

Voyons maintenant la répartition entre les différentes zones d'exploitation au Koweit d'après les données de cet article et les données de Campbell sur la production passée.

Tableau des réserves du Koweit
Zones
d'exploitation
Réserves
extraites
(Gb)
Réserves
restantes
(Gb)
réserves
 Prouvées
(Gb)
Réserves
Non-
Prouvées
Total
réserves
Pourcentage
réserves
extraites/
total
Burgan 26,5 20 14,7 5,3 46,5 57%
Nord 4,5 17 4 13 21,5 21%
Ouest 1,8 8,5 2,7 5,8 10,3 17%
Zone
Neutre
3,7 2,3 2,3 0 6 61%
Koweit 36,5 47,8 23,7 24,1 84,3 43%



Sur la 48 Gb de réserves totales, 20 Gb sont attribués au champ géant Burgan, 17 Gb aux champs du nord du Koweit, 8,5 Gb aux champs à l'ouest et 2,3 Gb à la Zone Neutre que le Koweit partage avec l'Arabie Saoudite.

Sur les 24 Gb de réserves prouvées, 15 Gb appartiennent à Burgan. Burgan aurait produit déjà 26,5 Gb sur 46 Gb prouvées dont 5,3 Gb non-prouvées. 56% des réserves prouvées de Burgan ont donc déjà été exploitées, ce qui explique les fuites quant à son déclin.

Par contre, 21 % des réserves du nord ont été pompés, ce qui laisse des perspectives de croissance au nord contrairement à Burgan. D’après ces données, 4,5 Gb aurait déjà été extraits des champs du nord du Koweit.

Sur les réserves non-prouvées, 5,3 Gb concernent Burgan et surtout 13 Gb concernent le nord du Koweit. Apparemment, les compagnies comptent augmenter la production du nord du Koweit de 500 000 b/j à 900 000 b/j.

Actuellement le Koweit produit 2,5 millions de barils par jour, ce qui fait une production de 0,95 Gb par an.

J’ ai repris les données publiés par Colin Campbell en novembre en pétrole conventionnel sur 66 pays producteurs.

Il donne 35,5 Gb utilisé par le Koweit à fin 2004. A fin 2005, ils en sont donc à 36,5 Gb.

Colin Campbell annonce qu’il reste 61,5 Gb de réserves pour le Koweit et la Zone Neutre. Par conséquent, l’article de Intelligence Petroleum est plus pessimiste de 13,5 Gb que Colin Campbell.

Ainsi, Colin Campbell annonce un total de 97 Gb de réserves totales pour le Koweit et une moitié de Zone Neutre partagée avec l’Arabie Saoudite.

Ce chiffre correspond au réserves officielles annoncés par le Koweit sauf qu’ils confondent volontairement les réserves exploitables et les réserves restantes.

Cependant, l’article de intelligence Petroleum, en annoncant 48 Gb de réserves restantes porte à seulement 84,5 Gb de réserves totales et 60 Gb de réserves utilisées et prouvées.

Selon ces nouveaux chiffres, beaucoup plus pessimistes, on arrive à la conclusion que les koweitiens ont utilisé 43 % de leur réserves prouvées et non-prouvées et 60 % de leur réserves prouvées.

Ils arriveront donc à leur mid-point dans 6 ans, en 2011 dans l’hypothèse où toutes les réserves non-prouvées sont confirmées, c’est à dire dans le meilleur des cas !

C’est 9 ans plus tôt que les prévisions de Colin Campbell qui l’annonce pour 2020.

Colin Campbell annonce le pic de production en 2015, 5 ans plus tôt que le mid-point sûrement à cause de la déplétion avancée de Burgan.

Si on reprend ce raisonnement, le pic de production du Koweit devrait arriver…en 2006 !

Et si les chiffres qui apparaissent sur le Koweit n’était pas une manière au Koweit de dire qu’il va entamer sa déplétion cette année à cause de Burgan.

Le déclin du Koweit en 2006 serait évidemment une très mauvaise nouvelle mais le plus grave serait que cette nouvelle entamerait sérieusement la confiance que les investisseurs ont dans les capacités de production du Moyen-Orient.

Le prix du baril est monté hier à 68,48 $ en fin de séance suite à cette annonce mais les effets d’une déplétion confirmée du Koweit serait catastrophique sur les marchés et entrainerait à coup sûr une panique générale des marchés déjà échaudées et ultra-sensibles à toute pertubation dans le marché.

Cela entraine des questions sur la situation des gisements du Moyen –Orient et renforce la thèse de Matt Simmons selon laquelle les champs géants du Moyen-Orient sont sur le point de s’effondrer, et spécialement en Arabie saoudite.

Cet article, publié dans un journal qui ne milite pas pour le pic pétrolier, est une véritable bombe et ses effets n’ont peut-être pas fini de se faire sentir.

Makhnovitch.   

 



     

Publié dans le Koweit

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