La courbe de production mondiale actualisée

Publié le par makhnovitch

Aujourd'hui, voici la courbe de production mondiale de liquide énergétique issu des rapports mensuels de l'AIE (Agence Internationale de l'Energie) à partir du tableau N°3 et basée sur les chiffres données à trois mois d'intervalle.

Comme les articles publiés sur le site de Oildrum, j'actualise mois après mois les courbes de production et comme eux, je continue à me demander si nous ne nous trouvons effectivement au pic de production tout liquide.

La production tout liquide comprend le pétrole conventionnel, le pétrole en eaux profondes, le gaz naturel liquide, le CTL (à partir du charbon) , oil shale, l'éthanol, etc... Tout ce qui est transformé sous forme liquide pour servir en tant qu'énergie.

Comme Oil drum, j'ai remarqué à la publication du résumé du rapport mensuel de juin 2006 de l'AIE que l'estimation de la production mondiale d'avril était passé de 85,1 mb/j dans le rapport du mois passé à 84,55 mb/j ce mois ci. l'AIE est coutumière de ce genre de rectification généralement à la baisse. Ceci signifie un changement tout de même assez important. De plus, alors que la production mondiale ne dépasse pas 84,7 mb/j depuis plus de 18 mois, le mois d'avril apparaissait comme un nouveau record. Un mois plus tard, le mois d'avril apparait comme la continuité du plateau et même comme un amorce de déclin. En effet, c'est la première fois depuis octobre 2004 que la courbe se met à décliner de 0,1 mb/j pendant trois mois. En général, les chutes sont plus importantes et dû à des événements particuliers (ex : Katrina). Ici, une baisse de production au Nigéria et  en Arabie Saoudite en avril sont parmi les éléments ayant eu le plus d'impact sur la courbe ces derniers mois et annulent les gains observés ailleurs.

Il est clair qu'on ne peut encore parler de pic avéré, ni de déclin mais la limitation de la capacité de production se fait de plus en plus sentir.

De plus, comme le note très bien ProfGoose sur Oil drum, on constate historiquement que ce plateau de production est unique.

En effet, les baisses de production des chocs pétroliers des années 73 et 79-81 étaient dû à des événements géopolitiques et ont conduit à des récessions économiques entrainant une baisse de la demande.

Il y eu une baisse légère de la demande ayant entrainé un plateau de production en 91 suite à la Guerre du Golfe. Il y eu aussi une baisse de la demande en 98 suite au crash financier asiatique ayant entrainé une baisse de la production et le même processus en 2001 avec le crash internet aux USA.

Or, depuis 2004, il n'y a pas baisse de la demande mais au contraire une très forte augmentation de la demande.

Il est vrai que tout au long de l'année 2005, la production fût égale ou largement supérieur à la demande, même en restant sur un plateau. c'est à dire que la demande a atteint environ la production de 84,5 mb/j notamment cet hiver mais ne l'a jamais franchement dépassé.

On pensait d'ailleurs (et l'AIE aussi) que la demande serait beaucoup plus forte l'automne et l'hiver dernier. Celle ci fût plus faible que prévu et fût ainsi satisfaite par l'offre, limitant la hausse des prix pour un temps.

Cependant, les prix n'ont cessé d'augmenter depuis 2004 menaçant la croissance de l'économie mondiale. Et on sait à quel point les grands de ce monde apporte de l'importance à la poursuite de la croissance mondiale, nécessité de la bonne santé des affaires.

Aussi, pour faire baisser les prix, l'OPEP aurait dû montrer qu'elle était capable d'augmenter considérablement sa production pour faire chuter les prix. ce ne fût pas le cas et çà ne l'est toujours pas. La production de l'OPEP tend en fait plutôt à baisser depuis quelques mois alors même que la demande se trouve maintenant à égalité avec la production.

Ce mois de juin est maintenant le dernier mois ou la demande est suffisamment satisfaite par  le niveau de production  actuelle ( 84,5 mb/j) . 

En effet, l'AIE estime que la demande cet été atteindra 84,8 mb/j et plus de 86 mb/j cet automne.

Aussi, sauf récession, la demande ne redescendra plus en dessous du plateau de production actuelle.

Il est donc maintenant nécessaire que ce plateau retrouve le chemin de la croissance pour satisfaire la demande.

Si ce plateau se poursuivait, alors nous sommes en train d'assister au croisement de l'offre et de la demande. Par conséquent, les prix devrait subir une forte hausse dans les mois qui viennent pour détruire la hausse prévu de la demande.

On peut d'ailleurs voir que les marchés pétroliers sont en effet très sensibles en ce moment aux signaux données par la FED sur la hausse des taux d'intérêts. En effet, la hausse des prix de l'énergie commence à produire ses effets sur l'inflation, notamment aux USA ( inflation de 4,2 % sur un an) et donc pousse la FED à continuer à augmenter ses taux d'intérêts en passant ce mois ci à 5,25%.
Un certain nombre de banques centrales sont en train de relever leur taux d'intérêts dans le monde pour faire face aux pressions inflationnistes.

Cette hausse des taux d'intérêts signifie un ralentissement économique qui signifie donc une baisse de la croissance de la demande en pétrole et donc une baisse de la pression de la demande sur la production pétrolière. A l'annonce ces derniers jours des chiffres de l'indice des prix aux USA, signalant la poursuite des pressions inflationnistes et donc la hausse des taux, les prix du baril ont immédiatement baissé. Il est donc clair que le prix du baril est avant tout dépendant de la courbe de la demande.

Si la demande continue à croitre, alors les prix monteront.
Si la demande montre des signes de faiblesse, alors les prix redescendront.

Evidemment, si la production mondiale entamait son déclin dans les mois qui viennent, les prix devront monter suffisamment pour créer un ralentissement économique qui fasse en sorte que la demande en arrive à décliner. Il faudrait alors une hausse importante des taux d'intérêts provoquant une véritable douche froide sur les marchés financiers et sur l'économie mondiale.



voici le graphique que vous pouvez télécharger en pdf en cliquant dessus :




Makhnovitch.

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